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LE PREMIER QUI L'A DIT

Un film de Ferzan Özpetek

Une excellente comédie de moeurs, à l'italienne

Un enfant de bonne famille, revenu de Rome pour une fête familiale, apprend à son aîné qu'il compte faire son coming out lors du dîner, et expliquer également qu'il a abandonné ses études sérieuses au profit d'une vie d'artiste. Le dîner commence... par une intervention de l'aîné...

Ferzan Ozpetek n'est pas le meilleur réalisateur du monde. On l'avait d'ailleurs quitté en 2008 au Festival de Venise avec un film qui était loin d'avoir créé l'enthousiasme (« Un Giorno Perfetto »), et qui se focalisait sur la relation tumultueuse entre une femme et son mari, policier plutôt violent. Mais ce réalisateur italien n'est jamais aussi bon que dans le registre de la comédie (« Tableau De Famille »), faisant ici des merveilles à partir d'une histoire de coming out qui aurait pue être totalement convenue.

Il dresse dans "Le premier qui l'a dit" une série de portraits attendrissants au sein d'une famille divisée par la révélation de l'homosexualité de leur fils ainé, et ne sachant pas encore que le fils cadet l'est aussi. Maîtrisant parfaitement les scènes de groupes, dynamisant les complicités et les divisions par une alternance de plans séquences virevoltant et de gros plans sur les différents protagonistes, Ozpetek enchante par la légèreté du traitement, laissant transparaître juste ce qu'il faut du passé bouleversant de la compatissante grand-mère, seul élément stable de la famille.

Ozpetek se joue des clichés. Il transforme progressivement et avec une certaine jubilation le père réprobateur, élément viril par essence, en une pleureuse parano. Il affirme la tante comme un élément à part, vieille fille potentiellement délurée à l'intérieur. Et il fait finalement intervenir un quatuor d'amis venus de Rome, tous plus folles les uns que les autres, histoire de pimenter encore un peu une situation dont tout le monde perd le contrôle. Bref le mariage des personnages fonctionne à merveille, ceci grâce à un casting sans faute, et à un jeu avec les non-dits assez délicieux, créant quiproquo sur quiproquo.

Bien sûr certains diront qu'avec moi le message consistant à briser ses chaînes, luxe des gens qui "veulent être heureux", fonctionne toujours, mais le plaisir et l'émotion sont bien là. En arrière plan, se dessine un nouvel amour impossible, les dés étant pipés dès le départ, mais en extrapolant un peu, on se retrouve face à un message inhabituel, prônant le courage de faire des choix, de ceux qui laissent des gens derrière soi, pour réussir à être heureux. Un rien cruel mais toujours bienveillant, le scénario de "Le premier qui l'a dit" l'affirme haut et fort: "ceux qu'on aime ne nous quittent jamais", même s'ils nous ont parfois laissé... même on a choisi parfois nous-même de les laisser.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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