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PLAYMOBIL, LE FILM

Un film de Lino DiSalvo

Plaie mobile

Marla et Charlie sont deux enfants qui ont perdu leurs parents, un soir, dans un accident de voiture. Des années plus tard, Marla a pris des responsabilités qui l’obligent à s’occuper de son petit frère et à négliger son âme d’enfant. Le jour où Charlie disparaît dans l’univers magique et animé des Playmobil, Marla tente le tout pour le tout pour le retrouver. C’est le début d’une aventure hors du commun…

Playmobil, le film image

Avant même de s’y rendre, on craignait le pire. En réalité, c’était encore pire. Un nouveau film d’animation inspiré d’une marque de jouets pour enfants pouvait-il se remettre à égaler le tour de force de "La Grande Aventure Lego", tant en matière d’imagination que d’audace métatextuelle ? On se souvenait ainsi que le film de Phil Lord et Chris Miller ne se contentait jamais de jouer la carte du gros coup marketing, sensé flatter bêtement l’esprit de la marque Lego, mais osait surtout la contredire par un ton décalé, des percées ironiques de premier ordre et un ton anticonformiste qui magnifiait la plus subversive des libertés au détriment des règles à suivre. On était donc en droit d’attendre le même résultat pour "Playmobil, Le Film", histoire de ne pas se retrouver devant une pub pour jouets étirée sur 1h30. Pas de bol : le contrat est non seulement rempli de ce côté-là, mais il faut surtout se farcir un emballage de téléfilm Disney Channel plus bateau tu meurs, avec ce que cela suppose d’enjeux bêtas, d’humour pour gamins de maternelle, de personnages unilatéraux dont l’arc dramatique se devine dès leur apparition et de chansons pourries en mode "Hannah Montana".

Grosso modo, à partir d’une trame rappelant vaguement celle de l’infâme "Richard au pays des livres magiques" avec Macaulay Culkin (un enfant se retrouve catapulté dans un monde animé), le scénario ressemble presque à une partie de "Super Mario Bros" où l’on passerait d’un niveau à l’autre sans se soucier de quoi que ce soit et où chaque personnage rencontré vaut moins pour son intérêt narratif que pour son look. On y croise donc l’escroc à chemise hawaïenne, le viking du coin, le James Bond de service, la bonne fée qui chante, le R2-D2 qui fait « bip » et qui fait « flash », etc. Bien, bien… Et tout ça pour quoi ? Juste pour nous ressortir l’éternel canevas du « Je peux être un héros si je le veux », pour nous chanter à tue-tête « Je veux découvrir le monde » (pauvre Anna Taylor-Joy !) et, surtout, pour ne jamais mettre en avant l’impact universel des jouets Playmobil, dont on connaissait pourtant depuis longtemps la faiblesse créative face à des Lego plus « mutants » que jamais. On ne regarde pas forcément sa montre jusqu’au bout, mais on se sent arnaqué et floué par des signaux invisibles qui nous répéteraient à chaque scène « Dépense ! Consomme ! Achète ! » au lieu de « Imagine ! Crée ! Libère-toi ! ». Bilan final : si "La Grande Aventure Lego" cassait des briques, "Playmobil, Le Film" nous casse… autre chose.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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