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LE PARC

Douce apesanteur

Durant l’été, deux adolescents se donnent leur premier rendez-vous dans un parc. Le début d’un après-midi où, après l’hésitation et la timidité, les deux finissent par se rapprocher et tomber amoureux. Jusqu’au moment où, le soir arrivant, il est temps pour eux de se séparer. Mais pour l’un d’eux, la nuit sera longue…

Faire du cinéma, est-ce si difficile que ça en a l’air ? Si l’on s’en tient à la simple façon de construire un récit et de définir une mise en scène avec trois fois rien, nul doute qu’un simple visionnage de ce "Parc" suffira à redonner espoir aux jeunes cinéastes en herbe qui se torturent les neurones à chercher de nouvelles manières de faire. Le second film de Damien Manivel fait montre d’un minimalisme on ne peut plus maîtrisé, duquel une atmosphère ne cesse de se dégager, un rythme ne cesse d’évoluer et une histoire ne cesse de se tisser. Au vu d’un pitch aussi basique qu’une ballade amoureuse dans un parc, que pouvait-on attendre d’autre qui ne soit pas déjà résumé ainsi ? Ni plus ni moins que l’envers de ce pitch, une mise en scène du badinage et de l’errance en couple qui, par une gestion stupéfiante du temps, bascule peu à peu dans quelque chose de plus inquiétant.

Le film se divise en deux parties : d’abord la rencontre, ensuite la séparation. Il convient de ne pas trop révéler ce qui constitue cette seconde moitié (une large partie du trouble réside ici dans la découverte), mais contentons-nous d’indiquer que cette douce ballade spatiale dans un parc idyllique, que ce soit sous le soleil (où le verbe est roi) ou dans les sous-bois (où la confidence est reine), fait peu à peu évoluer cet éden vers un vaste terreau d’inquiétudes psychanalytiques, reliant l’imminence de la nuit à l’état mental d’une jeune fille qui se retrouve confrontée à une forme de cruauté et tente à sa manière d’inverser le cours du temps. Manivel tire alors une impressionnante force de ce décor naturel plongé dans le noir, décuplant ainsi le relief de cette errance amoureuse, d’un amour potentiellement éteint au moment où il venait d’apparaître. On se retrouve alors devant un film magique, qui décrit l’infinie fragilité des amours adolescentes, isolées dans un paradis terrestre duquel elles ne peuvent peut-être pas s’échapper. Cette pépite éphémère marque l’esprit à force de solliciter tous nos sens, et ce n’est pas le moindre de ses exploits. Un chemin à emprunter, donc.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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