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PARADISE NOW

Un film de Hany Abu-Assad

Le paradis sur terre ou sous terre ?

Saïd et Khaled sont deux amis qui travaillent dans le garage, à Naplouse, une ville située à côté de Tel-Aviv. Depuis leur enfance, ils partagent les mêmes idéologies, servir et défendre leur pays quoi qu’il leur en coûte. Un jour, ils sont appelés pour une mission secrète : se faire exploser à Tel-Aviv, grâce à des bombes posées à leurs ceintures. Le jour J venu, tout ne se passera pas comme prévu…

Le film commence à un check point. Suha, fille d’un héros de la cause palestinienne, est contrôlé par un soldat. Les deux personnes se regardent : pas un mot, les gros plans se succèdent, et l’inquiétude s’installe chez le spectateur comme s’il se sentait à la place de Suha. Il partage la tension et l’angoisse de la fille. L’atmosphère est plantée et l’on ne la quittera plus jusqu’à la fin du film.

La scène suivante, on aperçoit nos deux « héros » (c’est comme çà qu’ils vont soit disant être considérés dans leur pays après leur attentat suicide) entrains de réparer une vieille voiture dans un garage assez précaire. On peut sentir leur complicité, lorsqu’ils tentent d’arnaquer une personne, en essayant de lui faire croire que le pare-chocs de sa voiture est droit alors que celui-ci est tordu. Et cette complicité va les aider à aller jusqu’au bout de leur motivation, Khaled pour ses croyances patriotiques et Saïd pour racheter la mémoire de son père, fusillé pour « collaboration » avec l’ennemi israélien.

Le réalisateur nous montre cette descente aux enfers avec une pudeur exemplaire. Tout est suggéré, jamais montré. Ainsi les clichés « larmoyant », autour de la mort, la souffrance à outrance, les pleurs…sont évités. Il réussit à atteindre le spectateur avec une sensibilité sincère et palpable, très rare dans les films qui traitent de sujets graves d’actualité.

Peu à peu, le film gagne en rythme ce qu’il perd en profondeur. On regrettera que la romance entre Said et Suha vienne interférer avec le témoignage d’un réalisateur, souhaitant nous montrer les « kamikazes » comme des gens normaux, seulement aveuglés par des idéologies et des croyances, certes réelles mais peut-être mal interprétées.

Nicolas MazoyerEnvoyer un message au rédacteur

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