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OUVERT LA NUIT

Un film de Édouard Baer

Une balade nocturne aussi plaisante que décalée pour la tornade Édouard Baer

a veille de la première d’une pièce capitale pour l’avenir de son théâtre, Luigi est introuvable. Les comédiens commencent à croire qu’il a une nouvelle fois abandonné ses responsabilités. En réalité, il s’est lancé dans un périple nocturne avec une jeune stagiaire, bien décidé à sauver son avenir en moins de douze heures…

Édouard Baer est indéniablement ce que l’on appelle un touche-à-tout, à l’aise aussi bien devant une caméra que sur les planches, ou encore à la radio où sa voix suave réveille les auditeurs de Nova. Son CV parfait était toutefois écorché par ses différentes tentatives de réalisation, pas à la hauteur de sa réputation. Ces quelques balbutiements sont aujourd’hui balayés par la fraîcheur et la poésie d’"Ouvert la nuit", un périple nocturne qui célèbre le verbe et le bon mot. Le bel hirsute interprète Luigi, un directeur de théâtre grandement dépassé par les évènements. Car en une nuit, il doit à la fois satisfaire les exigences financières de sa troupe et des fournisseurs, combler un metteur en scène japonais en lui dégotant un singe capable de jouer la comédie, et ravir les caprices de chacun…

Comme souvent chez Edouard Baear, tout tourne autour de lui (aussi bien en raison du scénario que de sa capacité folle à attirer la lumière), mais comme toujours, l’acteur laisse suffisamment de place et de liberté aux seconds rôles, leur offrant même des personnages particulièrement savoureux ; on pense à Audrey Tautou et surtout Sabrina Ouazani, impeccable en jeune stagiaire rigide et tristement raisonnable. Au fur et à mesure de ses pérégrinations, le spectateur est baladé de quartier en quartier, au détriment de la logique géographique pour les experts parisiens, bercé par les doux délires et la légère amertume ambiante.

S’il s’agit bien d’un Baer movie, le métrage ne traite pas uniquement des états d’âme de son alter ego. Les tribulations des protagonistes évoquent aussi bien le délicat rapport à l’argent dans le milieu artistique, les sacrifices nécessaires à l’acte créatif ou encore le mensonge et ses conséquences. Au-delà de la verve et de la fougue de l’inoubliable Otis, il est ainsi intéressant de voir comment chaque digression devient un arc narratif principal, comment chaque petit obstacle vient retarder l’échéance, amenant le spectateur à repenser son opinion sur ce clown triste. Ce road movie piéton, loufoque et burlesque, n’évite pas quelques sorties de route, mais celles-ci sont bien vite oubliées, en particulier grâce à la générosité de l’ensemble. « La nuit est chaude, elle est sauvage, la nuit est belle pour ses otages », comme disait la chanson.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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