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Trois couples et des couffins

Lors des courses au supermarché, Martin (Mathieu Demy) retrouve Camille (Romane Bohringer), cinq années après leur séparation. Quelques temps plus tard, celle-ci débarque dans la maison de campagne de Martin en compagnie de son mari et de ses filles. Elle retrouve alors les amis de Martin et ceux de sa femme. Entre tout ce petit monde vont se nouer de drôles de rencontres, qui réveilleront les blessures du passé, remettant au passage en question, bon nombres de ces couples…

Le nouveau film de Benoît Cohen (Les acteurs anonymes), réussi le dangereux pari de disserter sur les trentenaires et leurs déboires familiaux. Trop jeunes pour être équilibrés, trop vieux pour de fantasques aventures sentimentales, ils marchent sans cesse sur un fils tendu entre deux eaux. Chaque couple symbolise alors, sans aucune caricature (et c'est la une des plus grandes réussites de ce film), les problèmes rencontrés par les jeunes parents. Les déprimés, les familles en apparence heureuses et les éternels adolescents, chacun en prend pour son grade comme si le réalisateur puisait dans son passé tellement les anecdotes trahissent la véracité de son propos.

Les comédiens, en phase avec leur réalisateur, délivrent une prestation excellente sans jamais verser dans la grotesque, malgré leurs personnages et les tares dont ils sont affublés. Ici, personne n'est tout blanc, même pas (et surtout pas) les deux rôles principaux. Chaque personnage progresse en même temps que le film, venant à révéler sa propre fragilité et les failles masquées par leurs sourires d'apparences. Le plus triste et le plus drôle à la fois, est de voir qu'ils essayent sans cesse de se convaincre de leur bonheur et que le passé ne semblait être qu'une tentative inutile.

De plus, le film de " maison de campagne ", genre typiquement français et donc très codifié, est parfaitement maîtrisé par un réalisateur, qui sans jouer la surenchère dans les scènes, renoue avec des moments classiques de pur plaisir. La ballade dans la campagne, les parties de cartes ou les différents repas sont des occasions de dynamiter ces gens et leurs travers, de voir s'écrouler les façades de leurs tristes vies ou de leurs illusions perdues. La caméra suit avec entrain les visages et les gestes de ces jeunes adultes en pleine déconfiture, accélérant ou brisant le rythme, afin de renforcer les moments de joie et de tristesse.

En clair un film de groupe ou les hésitations de deux anciens amants explosent des couples aux fondations plus que fragiles, sans que le spectateur ne puisse choisir entre rire et émotions, tellement les deux semblent imbriqués. Un film réussi, drôle émouvant et certainement plein de véracité.

Guillaume BannierEnvoyer un message au rédacteur

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