Parce qu'on en a jamais assez !

MUSEE HAUT, MUSEE BAS

Deux niveaux de lecture

Dans un musée se croisent des groupes d'enfants bruyants, des visiteurs à la recherche du parking où est garée leur voiture, un ministre dubitatif, une obsédé de Kandinsky, un conservateur ayant la phobie de la nature...

La première chose qui saute aux yeux avec « Musée haut musée bas » c'est naturellement l'ampleur de sa distribution. Jean Michel Ribes, génial auteur de la série télévisée à sketches « Palace » ou de la cultissime émission « Merci Bernard » rassemble en effet dans son nouveau film, adapté de sa propre pièce, près de 18 têtes d'affiches. Mais à y regarder de plus près, il ne s'agit pas seulement de sa famille d'acteurs (Philippe Khorsand ou Eva Darlan étaient dans « Palace », Michel Blanc dans « Merci Bernard », Annie Gregorio dans la pièce dont est tiré le film). Mais il attire ici autant des groupes de comiques constitués plus récemment (François Morel et Yolande Moreau des Deschiens) que des pointures du grand écran (Dussollier, Arditi, Luchini...). Et chacun semble prendre un malin plaisir à interpréter les quelques scènes qui lui sont offertes, représentant un bout d'humanité.

Car derrière l'aspect décousu du scénario, le comique de situation, l'humour absurde, le plaisir des bons mots voire des jeux de mots, se cache un second niveau de lecture, traitant de l'humanité, ses travers, son rapport à l'art. La scène d'ouverture est en soi un grand moment, Julie Ferrier incarnant une guide autoritaire, sorte d'architecte en plein délire verbal (qui qualifie la « perspective de dangereuse pour l'homme ») qui décrit un bâtiment à la manière d'une oeuvre, posée là, en opposition à la ville. Si les élèves ou diplômés en architecture y reconnaissent une inclinaison généralisée à assumer les concept les plus fumeux ou les oeuvres les moins intégrées aux sites, peut-être il y a-t-il là quelques vérités.

Et certains personnages représentent ainsi une tendance ou un travers de la société (consommation à outrance, excès de contrôles, rythme de vie trop important pour apprécier quoi que ce soit, urbanité assumée, obsession de l'ordre...), tandis que d'autres évoquent des rapports à l'art tous aussi valables (beauté qui blesse et rend l'existence et la réalité fade, faible ouverture d'esprit, critique facile de la télé, fascination pour le n'importe quoi, béatitude agaçante...). Toute l'humanité est là et Ribes l'observe avec délectation, bien plus qu'il ne prête attention à l'art lui même. On s'esclaffe, on jubile, bref on en redemande.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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