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MASAAN

Un film de Neeraj Ghaywan

Une fresque ambitieuse réussissant aussi bien sur le fond que sur la forme

Des destins se croisent en Inde : Deepak, l’amoureux d’une belle jeune fille issue d’une caste différente ; Devi torturée par ce qui est arrivé à son premier petit ami ; le père de celle-ci obligé de se soumettre à la corruption de la police. Au sein de Bénarès, cité sainte, les traditions et la modernité vont s’entrechoquer, des vies seront brisées. Mais l’espoir d’un jour meilleur est toujours présent…

Loin des couleurs vives et des numéros chantés de Bollywood, "Masaan" s’inscrit dans ce réalisme et cette vérité après lesquels court un nouveau cinéma indien. La caméra de Neeraj Ghaywan nous plonge au cœur de Bénarès, aussi connue sous le nom de Varanasi, où les bûchers des cadavres bercent les eaux sacrées du Gange. Dans cette ville où l’on vient se purifier, plusieurs personnages vont se retrouver à interroger leur morale pour essayer de sortir de l’impasse dans laquelle ils se sont enfermés. Deepak est amoureux d’une jeune fille d’une caste différente, ce qui rend cette idylle impossible, alors que la belle Devi se retrouve plongée au cœur d’un scandale sexuel dont la corruption policière va venir se mêler.

Sans rechercher une mosaïque artificielle de portraits pour compléter son film choral, le réalisateur va préférer se focaliser sur ces deux histoires, les alimentant de nombreux détails, témoins d’une réalité d’un pays en pleine mutation. Au milieu des cendres des brasiers mortuaires, les jeunes se draguent sur Facebook, les mœurs nouvelles interrogent les règles ancestrales et le paternalisme sociétal, les progressistes et les conservateurs s’affrontent. Fable noire autant que message d’espoir, "Masaan" se recouvre d’intrigues aussi douces que violentes pour traiter de ses thématiques. Surprenant et esthétique, le film enchaîne alors les rebondissements pour esquisser les travers d’une société dont deux mondes semblent s’opposer de manière incurable.

Sans misérabilisme, le métrage nous dévoile les contradictions de cette organisation par caste, nous poussant à réfléchir plus qu’à juger. Si l’ensemble aurait mérité un travail scénaristique plus poussé, en particulier dans sa volonté de traiter les parcours des protagonistes de manière équitable, ce premier passage derrière la caméra est indéniablement une réussite. Le cinéaste réussit parfaitement son entreprise, à savoir se servir de la puissance du cinéma pour diffuser son message et dénoncer certaines pratiques. Mais au lieu d’appuyer lourdement ou d’instrumentaliser son propos, le garçon a judicieusement préféré nous livrer un vrai objet cinématographique, aussi drôle et touchant que saisissant. Fort !

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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