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LES MARCHES DU POUVOIR

Un film de George Clooney

Sur la voie du désenchantement politique

En Ohio se jouent des primaires décisives pour le camp démocrate. Elles opposent principalement le Sénateur Pullman au gouverneur Morriss. Dans le QG local, le conseiller de campagne et ses collaborateurs s’affairent, sous les ordres du directeur de campagne national…

« The ides of march » (« Les marches du pouvoir » en français), nouveau film de George Clooney réalisateur (déjà auteur de « Confession d'un homme dangereux », « Good night and good luck »), traite d'un sujet a priori bien peu cinématographique, les primaires d'un parti politique, processus visant à élire, avant les élections générales, le candidat qui sera le mieux à même de représenter le parti. Il s'agit bien d'un a priori, puisque la vision première de ces primaires, sont de longs débats, comme nous en avons eu il y a peu en France, entre écologistes, puis entre socialiste. Car derrière la façade télévisuelle et idéologique, se cache matière à de véritables thriller, surtout aux États-Unis, où le moindre faux pas d'un candidat, la moindre erreur faite dans le passé, sera exploitée sans pitié. Et George Clooney, relève ainsi le défit haut la main, nous contant les coulisses d'une élection interne aux démocrates (comme l'avait fait avec beaucoup moins de bonheur Mike Nichols pour « Primary colors » (à l'époque en ouverture d'un autre festival : Cannes).

S'il centre logiquement son récit sur les membres des comités de soutien et particulièrement son directeur de campagne en Ohio (Ryan Gosling, une nouvelle fois bluffant d'assurance et de spontanéité juvéniles), il décortique, en fin observateur, les dessous de la campagne, dénonçant au passage les pratiques les plus hypocrites : fausses rumeurs lancées en utilisant les blogueurs, annonce de mesures qui touchent ceux qui ne peuvent pas voter – histoire d'amadouer les opposants, etc. Ici les choses se compliquent, puisque les élections étant ouvertes à tous le monde, les protagonistes savent très bien que les républicains se déplaceront pour voter... en faveur de delui qu'il auront ensuite le plus de chance de battre. Et le réalisateur, comme les personnages impliqués, de présenter tout cela comme un grand jeu. Ceci jusqu'à ce que le directeur de campagne accepte un rendez-vous secret avec le chef du clan adverse... et que l'intrigue bascule partiellement dans le domaine de la vie privé, avec l'arrivée d'une jeune et séduisante stagiaire d'une vingtaine d'années.

Plongeant son monde dans une paranoïa généralisé, George Clooney compose ainsi un thriller politique et intime, à la fois élégant et nerveux. Entourloupes, manipulations, pression des médias, chantages, tractations à coup de propositions de secrétariats d'État, tout est bon pour gagner. Montrant habilement qu'une fidélité affichée, des idéaux et principes clamés haut et fort ne sont souvent que façade, Clooney frôle le western, jouant avec ombres et contre-jours, menant ses personnages au duel de deux intelligences, qui culmine lors d'une scène au restaurant. Il mène peu à peu le stratège de personnage interprété par Gosling vers un désenchantement idéologique que nombre d'électeurs ressentiront comme parfaitement compréhensible. Dommage qu'il est été aussi difficile de traduire le titre original, dont les notions de menace et de trahison disparaissent avec le titre français. Car celui-ci, qui désignait le 15 mars du calendrier romain, revêtait une dimension prophétique menaçante depuis le Julius Caesar de Shakespeare (1601), dans lequel ce dernier était mis en demeure de se méfier de cette date (qui sera finalement celle de sa mort, assassiné).

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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