Parce qu'on en a jamais assez !

MARCHÉ NOIR

Un film de Abbas Amini

Ne jamais rentrer dans une chambre froide !

Pour protéger son père, Amir va accepter de couvrir un « crime ». Le début d’un terrible engrenage qui va l’amener jusqu’à fréquenter le marché noir et participer au trafic de devises étrangères. Mais une fois qu’on a mis le pied dedans, il est bien difficile d’en sortir…

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Le Cinéma iranien semble connaître un nouveau souffle. Si les illustres Jafar Panahi ("Trois Visages") et Asghar Farhadi ("Un Héros") auscultent la société de cet État d’Asie de l’Ouest depuis de nombreuses années, une nouvelle génération émerge, ancrée sur l’individu comme reflet des maux d’un pays encore gangrené par une grande violence. Le Festival Reims Polar ne s’y est pas trompé, en récompensant "La Loi de Téhéran" de Saeed Roustayi, et donc "Marché noir" (Prix du jury), une descente vertigineuse au sein d’une spirale infernale de crimes et de brutalité.

Le film s’ouvre au cœur d’un abattoir (« Koshtargah », titre original), comme pour mieux nous rappeler que dans ce monde-là, le couperet peut s’abattre sur chacun, à tout moment. Si la symbolique est appuyée, à l’image de ce métrage pas toujours des plus subtils, elle a le mérite de planter le décor de ce qui va suivre, avec ces longs couloirs ternes et glaciaux, où le sentiment d’insécurité est omniprésent. La caméra, elle, suit Abed, un vieux monsieur, qui découvre, paniqué, plusieurs cadavres dans une des chambres froides du complexe. Persuadé que cette découverte va lui causer des ennuis, il contacte son fils pour venir l’aider. Ensemble, ils vont prendre la décision de dissimuler les corps, premier acte illégal d’une série qui les mènera jusqu’au trafic de devises étrangères et au marché noir.

Saisissant et âpre, cette première réalisation d’Abbas Amini visible dans l’hexagone est une autopsie radicale de la lente chute d’une famille, où une décision différente aurait engendré des conséquences bien différentes. Disséquant habilement chaque choix opté, le film vaut également pour son hors-champ, pour son contexte social où le capitalisme corrompt les individus et où la religion condamne les êtres à la place de la justice. Un peu trop académique pour transcender son propos et créer une véritable tragédie sur fond de déterminisme social, ce thriller demeure une des belles propositions cinématographiques de ce début d’année.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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