avec ou sans moustache

LA MARCHE

Un film de Nabil Ben Yadir

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Dans le quartier des Minguettes à Vénissieux (banlieue de Lyon), un jeune se fait tirer dessus par un policier. Il est grièvement blessé mais ses jours ne sont pas en danger. Comme les jeunes des quartiers sont souvent la cible des forces de l’ordre en cette année 1983, et une fois remis sur pied, la victime décide de faire bouger les choses et d’organiser une marche avec l’espoir que cessent cette violence et ce racisme grandissant en France…

Il est des événements que le cinéma peut ressusciter. Des événements perdus dans l’oubli médiatique et historique, privés des anniversaires de leurs 10, 20 ou 30 ans. La « Marche pour l’égalité et contre le racisme » en est de ceux-là. Car en octobre 2013, on célébrait le trentième anniversaire du début de cette Marche. En avez-vous entendu parler ? A-t-elle fait la une des nombreux journaux télévisés des nombreuses chaînes télé dont les Français disposent ? A-t-elle été traitée dans les émissions de première partie de soirée ou celles qui accompagnent les couche-tard ? Internet a-t-il fait le buzz avec cet événement ? Pratiquement pas… Et pourtant, il est fort à parier que les médias retrouveront leur « mémoire vive » quand le film sortira, le 27 novembre 2013, ou un peu avant, tant la portée de ce long-métrage et de cette « Marche » fait écho avec l’actualité d’aujourd’hui… La France se « lepenise » dangereusement et se retrouve prise en étau entre un racisme croissant et une homophobie latente… Quelles leçons ont été tirées depuis 30 ans ? En voilà une des nombreuses questions que soulève ce magnifique film…

Nabil Ben Yadir (réalisateur belge des "Barons" en 2009) est donc parti de l’histoire de cette « Marche » qui naît dans la banlieue de Lyon, démarre avec 32 personnes le 15 octobre 1983 à Marseille et se termine en fanfare 8 semaines plus tard en réunissant près de 100 000 personnes à Paris. Avec ce deuxième long-métrage, sobrement intitulé "La Marche", Nabil Ben Yadir réalise un grand film universel sur la tolérance, le respect d’autrui et l’acceptation de son prochain. En adaptant pour le cinéma cette histoire vécue, qui l’a forcément marqué, il prend certaines libertés dans le récit en créant des personnages de toutes pièces, en réduisant leur nombre pour ne pas nous perdre dans une histoire trop complexe, imagine des actes violents durant la grande traversée, sans diluer le message originel de cette initiative et sans édulcorer le climat de la France de l’époque, le tout en la rendant plus contemporaine de notre France de 2013.

En effet, dans son film Nabil Ben Yadir ne parle pas uniquement du racisme. Certes, ce dernier reste le sujet central de "La Marche", en montrant comment une bande de jeunes, qui ont Gandhi et Martin Luther King comme modèles, se sont élevés pour leurs idéaux en se bougeant pacifiquement et en allant à la rencontre des Français. Dans la joie, dans la douleur. Chacun grandira et apprendra sur soi-même et les autres grâce à ce voyage. Un voyage qui forme et forge une jeunesse. Une jeunesse composée d’enfants français de familles maghrébines, ou non, menée par un curé volontaire. Mais Nabil Ben Yadir va plus loin. Il intègre également d’autres maux de notre société actuelle comme par exemple l’homophobie, à travers le personnage touchant et parfaitement bien interprété par Charlotte Lebon. Cette dernière fait partie d’un casting impressionnant qui rassemble le fidèle Nader Boussandel (héros des "Barons") qui joue tendrement un beau personnage inspiré de Rachid Taha, le chanteur qui a lui-même réellement participé à cette « Marche » ; Tewfik Jallab qu’on retrouve plus engagé que jamais après avoir été la révélation de l’excellent "Né quelque part" où il jouait déjà avec Jamel Debbouze qu’il retrouve donc ici en marcheur collant et casse-pieds infiniment généreux ; Lubna Azabal, la grande comédienne de "Incendies", est parfaite en grande gueule au grand cœur, etc.

Un casting royal composé de Français, de Belges, d’une Canadienne, pour un film multicolore qui appelle au vivre ensemble et qui va marquer le cinéma français. Un film qui commence par la chanson de Renaud Hexagone (« La France est un pays de flics / à tous les coins d'rue y'en a 100 / pour faire régner l'ordre public / ils assassinent impunément »), chanson suivie juste après de Douce France… Tranchant comme un film politique engagé.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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