MA FAMILLE AFGHANE

Un film de Michaela Pavlatova

Une animation 2D pour une sensible histoire d’intégration et de liens familiaux

En 2001, Herra, jeune femme tchèque ayant étudié en Pologne, a épousé Nazir, un afghan. Une fois installés à Kaboul, Nazir s’est avéré un homme aimant, s’infligeant notamment une coupure pour simuler son dépucelage lors de leur nuit de noces, alors qu’elle n’était pas vierge. Ensemble ils ne peuvent avoir d’enfant, mais elle se prend affection pour cette famille, dont le grand père complice, et pour le petit Maad (Muhammad), orphelin. C’est la fin du régime des talibans, où les règles se écartaient les femmes, et sa nièce se rêve libre…

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Prix du jury du Festival d’Annecy 2021, le film d’animation "Ma famille afghane" nous plonge dans le quotidien d’une femme d’origine tchèque installée à Kaboul, dans la famille de son mari afghan. Dessinant rapidement les contours d’une cellule familiale tant désirée par cette femme qui ne peut avoir d’enfant, le scénario se concentrera moins sur les contraintes ou humiliations subies par la femme, que sur le désir de liberté lié au départ des Talibans (au pouvoir de 1996 à 2001), au travers notamment du portrait de la nièce de Nazir, aux prises avec un père intégriste et haineux, et sur le désir d’enfant, symbolisé par le jeune Maad, orphelin à « tête d’ampoule », touchant personnage qui n’en revient pas de ne pas effrayer Herra et Nazir.

La richesse des personnages est sans doute le point fort du film, du grand-père posé et respectueux des femmes, au beau-frère potentiellement violent, en passant par sa fille aînée fugueuse et sa femme plutôt soumise, ou encore la belle-mère envahissante. Partant d’une réelle volonté d’apprentissage des règles locales, de la part d’Herra, le film souligne avant tout le caractère disproportionné des réactions masculines face à certaines situations, pointant la jalousie irraisonnée comme le manque de confiance. Portrait d’une femme ouverte, au mari aimant, malgré l’impact ponctuel sur lui des questions de réputation et d’honneur, le scénario met aussi en valeur les élans de vie du personnage du fils adoptif malade tout en décrivant la progressive dislocation de cette famille, résumée en quelques photos, plus ou moins tronquées.

Il constitue ainsi une parabole sur l’impossibilité des modérés et des extrémistes à vivre en société et partager le même pays. Chronique familiale oscillant entre magie quotidienne et , "Ma famille afghane" vire alors au drame, multipliant les audaces graphiques, comme lorsque sont révélées des silhouettes prostrées. Film à l’animation très élégante notamment dans ses choix de coloris, il évoque la chaleur des lieux, magnifie les paysages (construits en multicouches), par quelques touches de peinture, et offre également quelques fulgurances dans sa représentation des élans de liberté féminins (la démultiplication de la figure de la nièce...). De quoi constituer une belle ode à la combativité des femmes, mais aussi à un peuple divers.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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