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LUCKY STRIKE

Un film de Kim Yong-hoon

Sans filtre

Plusieurs personnages voient leurs destins respectifs se croiser à cause d’un sac rempli de billets : un employé de sauna, un douanier sans scrupules, un prêteur sur gages, une hôtesse de bar et même un cadavre retrouvé sur une plage. Dès lors, tous les coups sont permis…

Lucky Strike film

Quand on lit un scénario pareil, on s’attend à voir surgir le nom de Guy Ritchie au générique. Sauf que non : nous ne sommes pas au pays des hooligans agités, mais dans celui du Matin Calme, celui qui fait de plus en plus la loi dans les salles obscures, dans les festivals et dans les remises de prix. Ce qui n’est pas pour nous déplaire, vu le niveau qualitatif qui en ressort depuis déjà deux décennies. Reste qu’entre temps, Bong Joon-ho et son "Parasite" sont passés par là, soulevant un consensus critique et public suffisamment rare pour ne pas paraître historique. On se disait que, peut-être, la propension du cinéma coréen à faire jongler critique sociale et jonglage des tonalités cinématographiques avait atteint un point de non-retour. "Lucky Strike" prouve pourtant qu’on ne change pas une équipe qui gagne : une équation interchangeable (on filme des conflits entre personnages sur fond d’argent et d’avidité), des intrigues qui se superposent en mikado (on s’accommode des conventions du film choral), de la violence vénère (on use beaucoup des objets contondants ici), une structure narrative qui vire au tour de force sophistiqué (on n’hésite pas à jouer sur la temporalité) et un regard sec sur les classes populaires coréennes (on y va franco question lâcheté et veulerie). Le tout chapeauté par un réalisateur qui fait ses gammes sur le long-métrage pour la première fois – on finit par avoir du mal à se souvenir de tous les jeunes prodiges issus de Corée. Résultat sans surprise, mais pas sans maîtrise, loin de là.

Que ce soit pour s’amuser des codes ludiques du genre ou pour s’armer d’un regard sans fard sur des rapports humains qui se transforment en rapports de propriété, Kim Yong-hoon impose une gestion parcimonieuse de la narration, utilisant ses différentes sous-intrigues – ici structurées en chapitres – pour traduire un puzzle social de plus en plus instable. Pour autant, comme ses confrères les plus doués, il évite de tomber dans le réquisitoire poids lourd, préférant se caler sur la logique de chaque personnage et sur les motivations extrêmes qui l’animent pour donner vie à de savantes ruptures de ton – ce fameux art du « Tous les coups sont permis » que seul le cinéma coréen maîtrise à la perfection. Les zestes d’avidité se mêlent ainsi aux salves d’ultraviolence, même si, au fond, la recette n’est ici que suivie à la lettre par un jeune cuisinier de l’arnaque et du crime. Dans sa seule exécution, "Lucky Strike" ne démérite pas, à défaut de révéler une vraie signature chez son cinéaste, ou de faire dévier sa ligne claire par une quelconque audace. Le cinéma coréen serait-il déjà en train de se reposer sur ses acquis ? Pas forcément, mais on sera plus affûté à l’avenir…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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