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THE LOST CITY OF Z

La jungle jusqu'à l'obsession

Au début du XXe siècle, alors qu'il est sur le point de devenir père, Percy Fawcett, colonel britannique, se voit proposer par la Société géographique royale d'Angleterre de partir en Amazonie pour cartographier les frontières entre Bolivie et Brésil...

Nouvelle fresque signée du prodige James Gray ("Two Lovers", "La nuit nous appartient", "The Immigrant"), "The Lost City of Z" est à la fois un film d'époque, un film d'aventure et une œuvre intime explorant l'obsession pour la découverte ainsi que pour cette jungle empreinte de mystères et d'un évident pouvoir de fascination. Quelque chose de l'exotique, au sens littéral, c'est ce que le récit propose à son personnage principal autant qu'au spectateur, qui loin de s'ennuyer face aux 2h20 du métrage, risque au contraire d'en demander encore, comme si l'oeuvre le tenait finalement lui aussi en état de frustration, à l'image du héros, qui n'a de cesse de retourner sur place. Les paroles d'un des indigènes au début du film résonneront d'ailleurs comme prémonitoires : lui, n'en reviendra véritablement jamais.

Présenté hors compétition au dernier Festival de Berlin, le film a bien entendu attiré les foules grâce à la présence de ses acteurs principaux, Charlie Hunnam, Sienna Miller et surtout Robert "Twilight" Pattinson, interprétant respectivement le colonel, soucieux d’accélérer par là son ascension sociale, sa femme, contrainte de rester au pays à chaque expédition, et son compère de voyage. Formidablement construit sous forme d'allers-retours, entre une Angleterre où l'homme découvre à chaque fois un nouvel enfant et une jungle de plus en plus opaque, le film s'avère captivant de bout en bout et fait forcément penser à "Fitzcarraldo" de Werner Herzog ou au récent "L'Étreinte du serpent", de par son approche de l'irrationnelle obsession provoquée par ces lieux ou les dangers qui vous guettent sont légions.

Porté par la superbe photographie signée Darius Khondji, "The Lost City of Z"possède à la fois une reconstitution de qualité et un incroyable sens du mystère, contenu à lui seul dans un magnifique plan final. Une belle parabole d'un enfermement mental qui gagnera peu à peu toute la famille, pour un film qui englobe au total plus de 17 années (dont la Guerre de 14 qui aurait mérité plus de développements), et apporte un léger éclairage sur les récentes découvertes du début des années 2000, remettant notamment en cause les théories d'une forêt « vierge » et révélant des tracés géométriques en pleine jungle suggérant l'existence de villes fortement peuplées. Les curieux pourront se référer sur cela au génial et passionnant livre 1491, Nouvelles révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb de l'archéologue Charles C. Mann. Le cinéphile, lui, se contentera sûrement des superbes plans et des moments de poésie qu'offre ce film hors normes.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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