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LITTLE GIRL BLUE

Un film de Mona Achache

Le puzzle de l’existence

À la mort de sa mère, la réalisatrice Mona Achache découvre des milliers de documents liés à la défunte. Pour essayer de comprendre les raisons de sa disparation, elle va s’appuyer sur le médium cinématographique pour lui redonner vie…

Little Girl Blue film movie

La filmographie de Mona Achache est marquée par son désir de mettre en avant des personnages féminins, de "Les Gazelles" à "Cœurs vaillants". Si ces dernières années, elle opérait surtout du côté de la télévision (le phénomène "HPI" notamment), elle livre avec "Little Girl Blue", une œuvre ô combien personnelle, permettant à Marion Cotillard de respecter l’adage qui prévaut dans le milieu : « un festival de Cannes sans Marion Cotillard n’est pas un vrai festival ». Présenté en séance spéciale de la 76ème édition, ce docu-fiction nous plonge dans la vie de la mère de la cinéaste, décédée en 2016. À sa mort, sont découverts des milliers de photos, textes, enregistrements sonores qui vont permettre à sa fille d’en apprendre plus sur cette romancière et photographe de plateau pour le cinéma.

Sur le papier, cet exercice de style a tout pour se casser la gueule, avec son dispositif putassier : l’actrice oscarisée pour "La Môme" interprète dans un bureau rempli de documents placardés au mur, façon enquête de police américaine, Carole Achache, enfilant perruque et lentilles pour lui ressembler le plus possible. Pourtant, le projet ne sombre jamais dans le grotesque, réussissant à se maintenir sur le fil de l’émotion d’un deuil impossible. Dans ce lieu unique, c’est toute une vie qui va être retracée, pour essayer de comprendre le parcours d’un être insaisissable, y compris dans sa mort. En creux, c’est un portrait d’une femme indépendante qui est esquissé, avec ce que cela impliquait comme contraintes, critiques et drames.

Évidemment, dans ce type d’œuvre-concept, le plus dur est de réussir à maintenir l’intérêt du spectateur sur la durée, une fois la surprise du postulat découverte. À ce titre, "Little Girl Blue" ne convainc pas totalement, finissant par lasser avec ces séquences redondantes où Marion Cotillard incarne physiquement des archives sonores, et sa mise en scène très artificielle. En assumant pleinement de vouloir créer un objet arty, la réalisatrice a la fâcheuse tendance à rajouter des effets sur des effets, cherchant trop la poésie alors que cet onirisme surgit finalement dans les moments où le medium cinématographique s’efface au maximum. De ce parcours intime et introspectif, Mona Achache tire un métrage détonant, jamais aussi poignant que lorsqu’il accepte les silences et laisse sa protagoniste souffler un peu. Cela valait bien un passage par la Croisette.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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