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LES PRIÈRES DE DELPHINE

Un film de Rosine Mbakam

Un film poignant comme un cri dans le vide

Face à la caméra de la réalisatrice, Delphine raconte son passé difficile au Cameroun et son présent non moins compliqué en Belgique…

C’est un dispositif simple pour une histoire infiniment complexe : seule derrière sa caméra, s’occupant à la fois de l’image et du son, la réalisatrice Rosine Mbakam écoute son amie Delphine lui parler de sa vie. Delphine est une jeune femme Camerounaise, comme elle, qu’elle a connu en Belgique où elles ont toutes deux immigré. Assise ou couchée sur son lit dans un salon encombré d’objets, elle raconte son passé, son présent et ses souffrances.

Les séances de prise de vue se succèdent, tel des rendez-vous psy, cathartiques, durant lesquels Delphine vide son sac et analyse le passé, se rebelle contre l’injustice d’alors et d’aujourd’hui, plaint la jeune fille de 13 ans qu’elle était et ce qui lui est arrivé. Une rage dans les yeux, elle crie : « Est-ce que « Souffrir pour toujours » était écrit sur mon front quand je suis née ?! ». La puissance de ce film à la mise en scène économe provient de celle instiguée par Delphine elle-même, revendiquant son intelligence et son courage, reprenant sans s’en rendre compte presque mot pour mot les paroles de la chanson de Nina Simone « Ain’t got no, I got life » qui liste ce dont elle manque contre ce sur quoi elle peut compter : de l’argent, des vêtements, de l’amour, contre un corps, un cerveau, une vie.

Structuré comme un journal de bord avec des thèmes discutés en amont, le film raconte aussi la désillusion liée à l’immigration, les barrières qui persistent comme la pauvreté ou la dépendance financière à un homme, renforcées par un racisme institutionnalisé. Comme un cri dans le vide, "Les prières de Delphine" est un film poignant, d’une cinéaste qui n’a pas fini de raconter son pays à l’image de "Mambar Pierrette", son premier long-métrage de fiction qui sort en salle le même jour (le 31 janvier 2024) et fut présenté à la Quinzaine des cinéastes au Festival de Cannes 2023 ; un vrai petit bijou au regard fataliste.

Amande DionneEnvoyer un message au rédacteur

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