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LES FILLES VONT BIEN

Un film de Itsaso Arana

Un délicieux quintette d’actrices

Cinq comédiennes s’isolent dans une maison de campagne pour répéter une pièce de théâtre. À moins que ce ne soit pour faire un film. Ou plus simplement pour partager…

Les filles vont bien film movie

Les films de sororité sont en vogue depuis une bonne décennie (au moins) et cela produit des résultats contrastés. En voici un qui trouve le ton juste, en étant féministe sans le crier avec une lourdeur explicite (comme le faisait "Zouzou" par exemple). Mieux encore : "Les filles vont bien" est, comme son nom l’indique, un film qui fait du bien. Un film doux, généreux et poétique, qui parvient à la fois à faire preuve de créativité artistique via des artifices ouvertement assumés et d’authenticité via des dialogues dont découle une agréable fluidité universelle (qui touchera donc au-delà du genre féminin).

Certains aspects, comme l’ambiance parfois éthérée, ainsi qu’un plan montrant ces femmes allongées dans des tenues vaporeuses, peuvent apparaître comme des références à "Virgin Suicides" (ce que faisait déjà "Mustang"), mais "Les filles vont bien" ne prend pas la même pente : la tragédie n’y est présente que de manière indirecte, par exemple dans un dialogue quand une des comédiennes évoquent la mort de sa mère quand elle était enfant.

Avec ce premier long métrage en tant que réalisatrice, l’actrice Itsaso Arana (vue par exemple dans "Eva en août" dont elle avait également coécrit le scénario) s’amuse à briser la frontière entre réalité et fiction en jouant avec les codes (donc notamment avec le quatrième mur) et en mêlant les arts et les références (théâtre, cinéma, contes, musique de Bach…). Tout est d’ailleurs annoncé dès les premières minutes, avec un générique en forme de brouillon en train de se faire, où le film s’autoproclame « essai » et amorce une mise en abyme qui caractérisera régulièrement le récit – par exemple quand les protagonistes, alors spectatrices d’un conte raconté par une gamine, retournent les habitudes car la caméra filme le public (elles) au lieu du spectacle (la petite fille), ou encore de façon plus nette quand une des comédiennes s’adresse à la caméra après l’avoir explicitement annoncé. Notons que, poussant son espièglerie jusque dans les moindres recoins, Itsaso Arana a conservé les prénoms de chaque actrice pour leurs personnages respectifs, et elle s’est évidemment attribué le rôle de l’autrice et metteuse en scène de la bande.

Au final, bien qu’il ne se passe objectivement pas grand-chose (pas de gros rebondissements, beaucoup de dialogues, des scènes de vie parfois banales en apparence…), "Les filles vont bien" séduit comme par magie, grâce à son atmosphère séduisante et chaleureuse, grâce à ses répliques touchantes, inspirantes ou drôles (ça parle d’amour, de mort, de théâtre…), grâce à ses personnages/actrices/femmes aux caractères variés et complémentaires. Un beau film, plein de vie et d’espoir, dans lequel on aurait envie de vivre.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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