Parce qu'on en a jamais assez !

LEGEND

Un film de
Avec

Un très grand numéro d’acteur sauvant un polar terriblement paresseux

Après avoir signé un biopic snobé par les cinémas français sur le premier joueur afro-américain de la Ligue majeure de base-ball, Brian Helgeland retrouve le chemin des salles obscures avec ce nouveau film biographique. Cette fois, le réalisateur s’attaque à deux gangsters britanniques dont le mythe est encore vivace dans certains quartiers de Londres. Dans les années 60, Reggie et Ronnie Kray faisaient régner leur loi sur la capitale anglaise, gravissant les échelons du grand banditisme à pas de géant. Mais comme souvent, une femme va venir perturber le destin tout tracé de ces deux jumeaux. Et en plus de jouer les trouble-fêtes, la demoiselle en question va constituer le centre de l’intrigue, sa voix suave nous guidant au cœur des méandres de la pègre.

À l’image des personnalités divergentes des deux protagonistes, le métrage va nous offrir deux visages, celui d’une série B décomplexée qui ne rechigne pas sur les coups, et celui d’un drame à l’ancienne, plus sensible et élégant. Malheureusement, le mariage ne fonctionne pas. Car à trop vouloir mêler les inspirations et à s’emparer de l’imagerie extravagante d’un De Palma, "Legend" oublie de construire sa propre voix. Superficiel et rapidement apathique, ce polar souffre alors cruellement de rythme pour être à la hauteur de la légende annoncée par le titre. Malgré des seconds rôles excellents, la fresque épique attendue est même dépouillée de toute grandeur héroïque par l’incapacité du réalisateur à s’emparer véritablement de son sujet.

Toutefois, si les errances scénaristiques condamnent rapidement le projet à une certaine banalité, l’une des promesses est bien tenue : oui, Tom Hardy est absolument incroyable. C’est bien de sa prestation que va naître le seul choc du film, de sa capacité déconcertante à donner vie à une relation complexe et tumultueuse entre deux frères qu’il incarne à lui seul. Mais cette incroyable force est également l’élément ayant entraîné la chute du métrage. Parce qu’avec une telle performance, il était (trop) facile de se contenter de ce spectacle au lieu de nous offrir une véritable plongée dans les entrailles londoniennes de la mafia. Et devoir se réjouir d’une amourette mielleuse lorsqu’on nous avait promis une opposition fratricide âpre et sans concession n’est certainement pas une consolation acceptable.

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire