Banniere_Festival_Animation_Annecy_2020

LEAP OF FAITH

Avec

Laisse Jésus te parler

Retour avec William Friedkin sur son film le plus célèbre…

Leap of faith : William Friedkin on the Exorcist film documentaire image

1973, le Nouvel Hollywood déferle sur les écrans du monde entier. Une nouvelle génération de cinéastes s'impose avec fracas. Quelques-uns prendront une importance considérable en récoltant les plus grandes récompenses critiques et en braquant le box-office. Coppola y parviendra en 1972 grâce au "Parrain", Spielberg avec "Les dents de la mer (Jaws)" et Scorsese avec "Taxi driver" en 1975, Lucas en 1977 avec "Star Wars", Cimino en 1978 avec "Voyage au bout de l’enfer (Deer Hunter)". Mais juste avant eux, le premier qui remportera la mise aura été William Friedkin avec les Oscars de "French Connection" en 1971, couplés avec l'énorme succès de "L'exorciste" en 1973. Une victoire écrasante qui sera balayée brutalement en 1977 suite à l'échec monumental de "Sorcerer". Si le réalisateur considère aujourd'hui, sans doute avec raison, ce dernier comme son meilleur film, il avoue en revanche avoir un lien affectif plus fort avec "L'exorciste".

Lorsqu'il tourne « le film le plus terrifiant de tout les temps » Friedkin est au top de son talent, de sa confiance en soi et de son arrogance. Doté d'un scénario particulièrement sulfureux, armé d'un budget royal et prêt à tout pour mettre en place ses idées... il donnera naissance à l'un des films les plus légendaires de l'histoire du cinéma. A la fois clé de voûte du Nouvel Hollywood, immense film de genre, et grande œuvre controversée, "L'exorciste" méritait bien qu'on lui consacre un nouveau documentaire. "Leap of faith" se distingue dans la mesure où il s'agit en réalité d'une longue interview du réalisateur, illustrée d'extraits du film et de documents d'archives qui viennent complèter les paroles du cinéaste. Une idée originale que l'on rêverait de voir appliquée à tous les grands classiques dont les auteurs sont toujours en vie.

Si tous les points ne sont pas abordés, le film revient en tous cas sur l'essentiel. Au-delà des anecdotes, que les connaisseurs auront déjà entendues en conférence ou lues dans son autobiographie, l’auteur dévoile ici quelques clés de compréhension passionnantes. Il explique tout d'abord qu'il d’emblée eu une vision très claire de ce à quoi devait ressembler le film, raison pour laquelle il était si sûr de lui au moment de l'écriture du scénario et du tournage. Cette certitude explique sa capacité à tenir tête à l'auteur du livre tout d'abord, puis aux producteurs, et à tout faire pour obtenir ce qu'il souhaitait malgré les oppositions et les difficultés.

Cette vision était celle d'un film d'horreur réaliste. C'est ce qui l'a poussé à utiliser des méthodes parfois excessives. La violence dont il a pu faire preuve, avec certains de ses acteurs par exemple, n'était pas simplement le fruit d'un tempérament colérique, mais aussi d'une méthode de direction qu'il adaptait en fonction des situations afin d’obtenir un résultat précis lorsqu'il ne trouvait pas d'alternatives.

Mais le plus intéressant est qu'il révèle le fait qu'il n'a pas prémédité toute la portée symbolique du film. C'est par intuition qu'il a placé de nombreux éléments mystérieux (l'œil gris, le médaillon...) tout au long du récit, sans leur donner de signification précise sur le moment. Ce sont ensuite les critiques et les observateurs qui ont interprété ces signes en y décelant une intention, que le réalisateur validera effectivement après-coup, y reconnaissant une réelle pertinence. Cela nous rappelle que l'inspiration artistique n'est pas forcément le fruit d'une conceptualisation préalable, mais souvent d'un élan créatif dont le sens s'éclaircira progressivement. On attend maintenant avec impatience le prochain entretien. Plutôt "French connection" ou "Sorcerer" ?

David ChappatEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire