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LE DERNIER JAGUAR

Un film de Gilles de Maistre

Un scénario indigent et des personnages caricaturaux ou insupportables, pour quelques superbes images animalières

Depuis la mort de sa mère, Ellie, le père d’Autumn, 15 ans, lui cache les lettres envoyées par la tribu d’Amazonie dans laquelle elle avait grandi jusqu’à ses 6 ans, se rapprochant alors d’une bébé jaguar prénommée Hope. Vivant désormais à New York, elle trouve par hasard la dernière lettre du chef, dans laquelle est indiqué que le braconnage a repris de plus belle et qu’un dernier jaguar est en grave danger. Persuadées qu’il s’agit de Hope, elle décide alors de fuguer et prend l’avion, flanquée de son agoraphobe nouvelle professeur de biologie, qui tente de l’en dissuader…

Après "Mia et le Lion Blanc" et "Le Loup et le lion", Gilles de Maistre poursuit dans la fibre écolo grand public, avec un nouveau récit d'amitié et de sauvetage, entre une humaine engagée et cette fois-ci un jaguar. Malheureusement, au fil des films, la recette finit par être usée jusqu’à la corde, au point que les scénaristes ne semblent plus s’embarrasser du moindre raccourci, voire du moindre cliché, pour caresser les ados sensibilisés dans le sens du poil. Car ici tout n’est qu’archétype, avec des personnages réduits à une intention (collectionner les bêtes avec un mépris affiché pour la nature, protéger une jeune fugueuse, donner des leçons de vie façon flyer publicitaire prémâché...) et des situations réduites à leur pure utilité, quitte à rendre au final l’histoire totalement désincarnée.

"Le Dernier Jaguar" est ainsi un film où la moindre émotion est appuyée, par des interprètes qui semblent en roue libre (les colères indignées de l’ado, les crises d’angoisse de la prof en permanence flippée…), les personnages proches du cliché et les rebondissements résolus en un temps réduit, afin de rentrer dans un format vendable d’environ 1h30 (1h40 ici). Le personnage de Lumi Pollack, malgré sa complicité avec la jaguar, est posé comme une sage ayant raison contre tous, la patronne de l’entreprise énergétique qui s’attache à créer un barrage est réduite à une imbécile méchante sans aucun recul politique, portant son mépris pour la nature dans chaque dialogue, et la professeure, potentielle voie de la raison pouvant apporter un équilibre, est finalement réduite à un rôle de faire-valoir, insupportable, rigide et naïve, l’actrice Emily Bett Rickards cabotinant jusqu’à l’écœurement.

Il y a pourtant dans le film de belles images de nature, incluant à la fois d’incroyables prises de vue en proximité du jaguar, mais aussi l’apparition d’autres espèces, comme un immense serpent, des alligators, des oiseaux… Cela donne quelques scènes assez belles, comme des parenthèses contemplatives, que l’on aurait aimé voir plus irriguer le film : l’arrivée en canoë-taxi, l’utilisation des lianes, la marche sur la canopée, les jeux complices dans la rivière… Mais le scénario, dans des velléités pédagogiques, s’obstine à vouloir transformer cela en aventure politique et militante, allant même jusqu’à faire revenir des champs de résistants (« El pueblo unido, jamas sera vincido ») symbolisant la lutte du peuple face ici aux vilains destructeurs de la forêt et de la vie animale. L’ensemble paraît ainsi à la fois schématique, trop facilement résolu au niveau de ses enjeux, et finalement assez désincarné et caricatural, et c’est bien regrettable, vue l’importance du sujet de base.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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