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LA MAISON DU MAL

Un film de Samuel Bodin

Encore une maison hantée ?

Peter vit avec ses deux parents dans une petite ville des États-Unis. Introverti de nature, ses parents super-protecteurs n’aident pas la situation du jeune homme, d’autant plus qu’il a la sensation qu’ils lui cachent un terrible secret. En effet, chaque nuit, Peter entend des bruits venant de la cloison. Est-ce dans son imagination ou une réalité plus cauchemardesque ?

La Maison du mal film movie

L'été au cinéma nous réserve toujours son lot de super-productions qui ont tendance à accaparer le box-office. Mais c'est aussi une bonne période pour le genre horrifique qui arrive à se frayer un chemin parmi les géants du secteur. Récemment c'est le mollasson "Insidious : The red door" qui a ouvert les festivités, suivi du succès surprise "Talk to me" (intitulé chez nous "La Main") de A24. Au milieu de tout ça, se trouve "La Maison du Mal" de Samuel Bodin, sorti discrètement sur nos écrans. Peu distribué, projection presse restreinte, une bande annonce qui mettait en avant tous les travers du genre en plus de dévoiler en partie l'intrigue... tout ceci ne présageait rien de bon. L'affiche était également un repoussoir naturel à quiconque cherchait un film de genre honnête. Mais surprise, contre toute attente "La Maison du Mal" s’avère un bon film d'exploitation.

Après sa série "Marianne" (annulée à tort après une première saison efficace), Samuel Bodin s'expatrie Outre-Atlantique et se voit confier ce projet. Aux premiers abords et même au vu du résultat final, le film rentre dans les clous. Nous sommes clairement face à un film-produit qui n'est pas là pour avoir des niveaux de lectures approfondis ou un sens caché. D'ailleurs c'est bien l'un des reproches que l'on pourrait faire au métrage : les ficelles sont grosses et le ton pas subtil pour un sou. Sans connaître la véritable raison de leur comportement, les parents sont présentés comme menaçants voire violents. Dès les premières minutes, aucune ambiguïté sur ce point et le film ne compte pas jouer dessus, mais seulement user les cartouches des twists qu'il réserve pour plus tard. Le duo d'acteurs avec la trop rare Lizzie Caplan ("Cloverfield") et Alexander Starr (révélé par la série "The Boys" et son rôle de despote super-héroïque Homelander) assurent chacun leur partition avec professionnalisme et nous permettent de les détester comme il se doit. Avec en plus les moqueries que subit le jeune Peter à l'école, le film ne nous évite pas les poncifs du genre, mais a le mérite de les présenter avec efficacité.

Que ce soient les parents ou les camarades de classe, on constate que Peter vit dans un environnement hostile et c’est le jeune acteur Woody Norman qui constitue le gros point fort de ce premier long métrage. Il tient finalement le film sur ses épaules avec justesse. Car oui, Samuel Bodin fait le choix audacieux de prendre le point de vue de Peter pour raconter son histoire. Tout est filmé à hauteur d'enfants et c'est bien lui, le héros du film. Son évolution également est intéressante : de petit garçon apeuré et introverti, il deviendra alors maître de son destin et capable de faire des choix matures s'il veut sortir vivant de cet enfer. C'est également une figure du cinéma d'horreur assez commune, le petit garçon qui se voit obligé de grandir trop vite, mais le film va droit au but et le côté ludique de cette évolution relance plusieurs fois l'intérêt. Que ce soit lorsqu'il fait trébucher son harceleur dans les escaliers, lorsqu'il déterre de vieux ossements ou quand à l'orée du climax il décide d'empoisonner la soupe du dîner, il y a toujours un jeu avec le spectateur. Que ce soit dans l'avance qu'il peut avoir ou le côté arroseur arrosé (pour les parents ou ses harceleurs), le film joue avec notre propre degré de moralité. C'est affreux, bien entendu, mais on se réjouit de voir ces satanés adolescents se faire broyer par une force inconnue ou de voir la revanche que Peter inflige à ses parents. [ATTENTION Spoiler] On ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire face à ces meurtres libérateurs pour notre personnage principal.

Contrairement à ce que le marketing du film nous laissait présager, rien ici ne relève du fantastique. Le seule séquence qui ose s'y frotter est celle où Peter fait un cauchemar. [ATTENTION Spoiler] Déjà révélé en partie à cause des bandes annonces, la séquence s'avère être un vrai bon moment d'effroi jouant sur les ombres et le malaise. Autre atout du film : son monstre. Dissimulé jusqu'au climax, il n'est alors audible qu’à travers le mur lors des échanges avec Peter. Même la question ambiguë de savoir si tout se passe dans la tête du protagoniste n'est jamais soulignée. Mise en avant par ses parents, cette raison nous paraît alors être un camouflage d'une horrible vérité. Les dialogues ne sont pas connus ici pour leur subtilité, on constatera très vite que les parents cachent bel et bien quelque chose. Le film a alors le mérite d'assumer cette dernière partie où tout est révélé. De la manipulation des parents au dévoilement dudit monstre, le climax du film joue franc jeu avec nous. À tel point que l'on lorgne du côté du slasher et que ça fait un bien fou : une vraie générosité dans l'hémoglobine et dans des mises à morts qui font crisser des dents, ainsi que dans la représentation du monstre. Attaques furtives, un jeu sur l'éclairage intéressant ainsi que sur le hors champs : on sent le jeune cinéaste en pleine possession de ses moyens, sa mise en scène se faisant plus brutale, sèche et inventive. Malgré un design remixant "The Ring" pour le côté femme araignée et "Smile" pour son faciès, elle est intelligemment montré avec des cadrages astucieux et malins. On ne sait jamais trop combien de bras, de jambes on voit à l'écran par exemple et cela crée une émotion bienvenue ; entre dégoût et curiosité d'en voir plus.

Nous voilà alors agréablement surpris. Nous ne sommes clairement pas dans des intentions comme dans "Dark Touch" de Marina de Van qui traitait frontalement la question de l'abus et des violences dans le cadre familial, mais le message reste présent. Ce qu'on sent avant tout, c'est que le film n'a pas d'autres buts que de divertir et sur ce point il est réussi. Malgré une fin beaucoup trop abrupte et qui finalement ne tranche pas sur l'arc narratif de Peter, on peut retenir de ce premier essai que le metteur en scène s'en sort avec les honneurs, malgré un cahier des charges imposé et visible par moment. Nous serions maintenant curieux d'un projet plus indépendant et personnel de la part de Samuel Bodin.

Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur

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