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LA LLORONA

Un film de Jayro Bustamante

De bonnes idées, mal traitées

Alors en plein procès pour son implication dans un génocide, Enrique, un ancien général à la santé déclinante, et sa famille, font face à plusieurs évènements étranges au sein de leur maison…

La llorona film image

Pour son troisième long métrage, Jayro Bustamante ("Ixcanul", "Tremblements") s’oriente cette fois vers le genre horrifique en prenant comme angle d’attaque le mythe de la "Llorona" (la pleureuse), une malédiction d’origine mexicaine qui était déjà le moteur du très mal traduit "La malédiction de la dame blanche". L’originalité, vient surtout ici du fait, qu’en plus du côté horrifique, une bonne dose de drame et de politique vient garnir le tout. Et cela constitue malheureusement, à la fois le point fort et le point faible du film.

En effet, si le fait d’avoir placé la malédiction sur un ancien général coupable de crime de guerre semble être intéressant de prime abord, il s’avère que le portrait de sadique antipathique dressé du personnage d’Enrique empêche vite toute empathie de la part du spectateur. Du coup, lorsque les troubles liés à la malédiction commencent à frapper la famille… il faut avouer que l’on se fiche pas mal de ce qu’il peut leur arriver, la plupart des membres de la famille étant présentés peu ou prou comme ayant le même tempérament.

Un effet regrettable, d’autant plus que le traitement de l’horreur délaisse les jump scares et parie plus sur l’installation d’une ambiance glauque, assez réussie, notamment grâce à la prestation de certains acteurs tel que María Mercedes Coroy, au jeu de regards saisissant, iconique de l’inquiétante étrangeté.

On notera également le travail d’une narration éclatée, qui, si elle est intéressante du fait qu’elle dévoile ses enjeux petits à petits, ne les dévoile entièrement qu’à la fin, n’aidant pas l’empathie du spectateur pour quelque personnage que ce soit.

Le film souffre donc de ce double statut à la fois horreur et drame. Le côté drame politisé empêche toute appréhension de la part du spectateur pour le devenir des personnages, et le côté horrifique, beaucoup trop premier degré, certes sobre et atmosphérique, empêche toute jubilation morbide par l’absence de jump scares et de véritable torture, que ce soit physique ou psychologique, d’un personnage présenté lui-même comme un sadique.

Au final, si le film n’est pas mauvais en soi et comporte même quelques éléments fort intéressants, le tout s’avère assez oubliable.

Ray LamajEnvoyer un message au rédacteur

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