Parce qu'on en a jamais assez !

LA LA LAND

Un film de
Avec

Un mélange subtil de légèreté et d'amertume

Emma Stone est le diamant brut qui tente de scintiller au cœur du nouveau film de Damien Chazelle, auteur du tendu et percutant "Whiplash". Bien que son "LA LA Land" s'adonne ici au genre forcément un peu désuet de la comédie musicale, il en ressort pourtant une œuvre parfaitement moderne, qui revisite le genre en offrant quelques magistrales chorégraphies, accompagnant une magnifique histoire d'amour, contrariée par les deux velléités de carrières des personnages.

Niveau scénario, ce sont deux ambitions qui se télescopent, tentant une conciliation entre deux souffrances (des échecs répétés, un besoin de trouver sa place, d'être reconnu) et deux conceptions de l'existence (elle se laisse mener et accepte les cadres, lui voit la vie comme une liberté, à l'image du jazz, qui amène une perpétuelle nouveauté). Entre amour de la musique et goût pour la comédie, l'influence de l'un sur l'autre est parfaitement mise en avant, avec en toile de fond un Los Angeles ensoleillé mais sans pitié.

Côté mise en scène, l'ouverture donne le « la » avec un plan sur un embouteillage, où la musique des autoradios est utilisée pour faire danser les conducteurs comme les passagers, y compris sur les capots et les toits des voitures. Certains plans évoquent de vieilles cartes postales (notamment sur le ponton), les jeux de lumière sont finement calculés (plus tamisée dans les moments intimes, comme face au miroir par exemple), tout comme les enchaînements, tandis que certaines chorégraphies apparaissent plutôt novatrices (celle en plan séquence dans l'appartement, ou encore celle vue depuis la piscine).

Le duo d'interprètes irradie l'écran, l'attraction/répulsion initiale fonctionnant à merveille avant que le récit sur la persévérance ne se mette en place. Chazelle filme ces détails que chacun apprend peu à peu à percevoir en amour : des regards qui changent, la complicité qui s'installe, des expressions du doute ou de la déception, la distance qui se met en place. Présenté en ouverture du Festival de Venise 2016, "LA LA Land" est un film intelligemment chapitré en saisons, qui utilise plusieurs boucles temporelles pour mieux signifier les différences de points de vue des protagonistes. Il résonne au final comme un film doux-amer qui vous arrachera forcément quelques larmes (attention Spoiler), lors d'une puissante évocation de ce que peuvent être les regrets, représentant des vies rêvées dans divers styles. Culotté et bouleversant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire