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LA FEMME À LA FENÊTRE

Un film de Joe Wright

Un potentiel plombé par ses excès

Pédopsychologue, Anna Fox est agoraphobe. Elle reste cloitrée dans sa grande maison de New York, évitant de recevoir des visites, à l’exception de son propre psy et de David, à qui elle loue un appartement dans le sous-sol. Elle observe régulièrement ses voisins depuis sa fenêtre. En espionnant les Russell, qui viennent d’emménager dans la maison d’en face, elle se persuade que le père est un homme violent et dangereux…

La Femme à la fenêtre film movie

Sortie le 14 mai 2021 sur Netflix

Adaptation d’un roman à succès, "La Femme à la fenêtre" a du mal à se défaire de la comparaison avec les films que la mise en scène cite explicitement via son héroïne cinéphile et qui entrent trop ouvertement en écho avec le scénario : "Fenêtre sur cour", évidemment, mais aussi "La Maison du docteur Edwardes" du même Hitchcock, "Laura" de Preminger, et "Les Passagers dans la nuit" de Delmer Daves. On hésite alors entre considérer qu’il s’agit d’un hommage pesant ou se dire que Joe Wright a la prétention de se placer comme un héritier de ces chefs d’œuvre. Or, si son film n’est pas un navet, il est loin d’atteindre un tel niveau et ne connaîtra certainement pas la même postérité.

"La Femme à la fenêtre" essaie de donner corps aux ressentis de son personnage principal (agoraphobie, ivresse, illusions, souvenirs…) à travers des propositions formelles souvent très graphiques. Mais la réalisation, trop démonstrative, se perd dans un excès d’effets, puisant dans une variété de styles et de techniques au risque de manquer d’homogénéité. Certes, tout n’est pas vain, car certaines séquences fonctionnent vraiment bien et l’ensemble est plaisant à voir et à entendre (la photo de Bruno Delbonnel et la musique de Danny Elfman y sont pour beaucoup). Si cette débauche formelle un peu pagaille n’empêche ni la tension ni l’empathie pour le personnage, on est quand même souvent au bord de l’indigestion. Mais ô surprise, le plus décevant vient finalement des dernières scènes quand le style prend des allures de thriller bien plus classique mais également plus grotesque, nous faisant donc reconsidérer a posteriori tout ce qu’on a vu précédemment : finalement, ce n’était peut-être pas si mal et Joe Wright avait le mérite de tenter quelque chose.

Au final, le cœur balance. Côté scénario, les promesses d’un bon thriller sont plutôt tenues, mais la fin n’est pas à la hauteur du reste. Côté distribution, Amy Adams ne démérite pas mais en fait parfois trop et Julianne Moore lui vole presque la vedette, tandis que Jennifer Jason Leigh est inexistante – côté masculin, Gary Oldman excelle comme d’habitude dans un personnage inquiétant. Et côté formel, on ne sait plus trop, finalement, ce que l’on a aimé et ce qui était agaçant !

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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