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LA DERNIÈRE FOLIE DE CLAIRE DARLING

Une idée intéressante gâchée par l’archétype du drame français

Ce matin au réveil, Claire Darling en est persuadée, ce jour est son dernier jour. Elle décide donc de mettre tous ses biens en vente en organisant un immense vide-grenier, ce qui va faire revenir sa fille Marie qu’elle n’a pas vu depuis vingt ans…

La dernière folie de Claire Darling film image

Adapté du roman Le Dernier vide-grenier de Faith Bass Darling de Lynda Rutledge par Julie Bertuccelli ("L’Arbre", "La Cour de Babel"), "La dernière folie de Claire Darling" avait un principe pour le moins intéressant : suivre Claire Darling, une vieille dame (interprétée par Catherine Deneuve), qui se réveille un matin, convaincue qu’elle va mourir le soir même et qui décide donc de mettre tout ce qu’elle possède en vente lors d’un vide grenier improvisé.

Si l’idée de base est assez alléchante, permettant d’explorer la démence de Claire Darling (déjà diagnostiquée au moment du film) et donc sa perception du monde, le scénario n’en fait malheureusement rien. À la place, on a droit au sempiternel drame français sur une famille ayant un secret inavouable qui la ronge et qui lors d’une réunion forcée va ressurgir en mettant les personnages face à leurs choix passés.

C’est donc un bien fort gâchis, d’autant plus que la révélation du secret de famille, si elle peut surprendre quant au personnage impliqué, se voit venir de très loin. Pire, une scène se déroulant juste après et qui est censée nuancer cette révélation et sa véracité (ce qui aurait été très pertinent au vu de la démence et des troubles mnésiques de Claire) est ruinée par l’un des multiples flashbacks de cette famille qui va à l’encontre de cette volonté de doute chez le spectateur.

De plus, mis à part quelques vagues mentions, la démence du personnage de Catherine Deneuve est quasiment oubliée et non traitée, là où il aurait été plus judicieux et surtout plus original de se concentrer sur cet aspect et d’essayer de comprendre pourquoi Claire est si sûre qu’elle va mourir le soir même et pourquoi elle réagit de cette manière.

Il ne reste finalement d’intéressant et bien utilisé dans cette histoire que la symbolique des différents automates, servant souvent de foreshadowing pour annoncer les événements de tel ou tel personnage, ainsi que les personnages eux-mêmes qui sont plutôt bien développés par petites touches au fil des révélations et des flashbacks, même s’ils restent à la limite du caricatural. Ils sont en outre parfaitement interprétés par chacun des acteurs qui restent tous extrêmement justes dans leur jeu.

Côté mise en scène, on reste là encore sur du basique, la caméra se contentant de filmer l’action sans plus avec de simples champs-contrechamps. On notera toutefois une idée de mise en scène bienvenue concernant les flashbacks, puisque ceux-ci sont montrés en temps réel (les personnages du présent voient donc le flashback lorsqu’ils se rendent à tel ou tel lieu) montrant donc en un seul plan que les événements du passé ont non seulement forgé les personnages mais continuent de les influencer à l’heure actuelle. Les tout derniers plans marquent également grâce à une très belle photographie et une esthétique travaillée, ce qui dénote du reste du film, très plan-plan.

Enfin, dernier bon point, la musique est tout à fait pertinente, utilisant des sonorités très proches des boîtes à musique et faisant donc écho aux automates et aux horloges et pendules, symbolisant donc le temps qui passe, et le compte à rebours (ou pas) avant la mort de Claire Darling.

Au final, "La dernière folie de Claire Darling" partait d’un bon principe, mais finit en archétype du drame français, déjà vu un grand nombre de fois auparavant et n’apportant pas grand-chose, malgré quelques idées éparses de temps à autre. Un grand gâchis.

Ray LamajEnvoyer un message au rédacteur

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