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LA DÉRIVE DES CONTINENTS (AU SUD)

Un film de Lionel Baier

C’est le bazar, tentons de faire au mieux

Nathalie Adler, officielle de l’Union Européenne, est dépêchée en Sicile pour effectuer une mission dans un camp de réfugiés. Alors qu’elle doit encadrer l’organisation de la visite d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel avec une représentante allemande qui ne la laisse pas indifférente, son fils Albert, qu’elle n’a pas vu depuis des années, réapparait soudain. Il est militant bénévole sur le camp, en colère contre la Terre entière mais surtout contre sa mère. Le dialogue entre Albert et Nathalie risque bien d’être explosif…

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Imaginez-vous tous les sujets les plus brûlants qui pourraient vous passer par la tête (choisissez large : actualité, problèmes de société, conflits personnels…), mélangez bien fort, faites un pas en arrière et attendez que ça explose : tel pourrait être le pitch de "La Dérive des continents (au sud)", le nouveau film de Lionel Baier. Nous avons donc au menu : la crise des migrants et les enjeux politiques qu’elle implique, un fils en colère contre sa mère qu’il accuse de l’avoir abandonné enfant, et une mère qui est aussi une femme qui aimerait bien pouvoir vivre sa sexualité tranquillement. Le tout dans un décor déchiré entre beauté naturelle et chaos humain.

Tout commence avec l’organisation de la visite d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel dans un camp de réfugiés non loin de Catane. L’occasion, à travers les discours des deux représentants de chaque pays, de s’amuser (pour ne pas pleurer) de l’absurdité de la communication politique : le camp, jugé trop peu misérable pour les caméras, sera momentanément déplacé dans un endroit plus insalubre le temps des visites présidentielles. La politique est donc au centre du démarrage de ce film dont le ton navigue entre humour et reconstitution d’une ambiance où les apparences semblent frôler la réalité.

Et puis finalement, au détour d’un petit virage, le sujet dévie lentement et quitte la route – bref, il dérive comme l’annonce le titre. Nathalie, notre personnage principal, attachée de l’Union Européenne en pleine surchauffe, retrouve son fils, celui qu’elle n’a pas vu depuis des années et qu’elle a, selon les dires de tous, abandonné lorsqu’il était encore enfant. À côté des drames humains, des enjeux politiques à vif et des visites présidentielles, cette rencontre a-t-elle vraiment son importance ? C’est ce que semblent vouloir questionner un instant ce film et Nathalie ; cette femme qui a construit sa vie autour d’autre chose que la maternité, se construisant une carrière et explorant sa sexualité sans trop regarder derrière son épaule. Et ce fils, dont la colère à l’encontre de sa mère a façonné la personnalité et l’ambition (militant pour les droits humains et rappeur aux millions d’abonnés sur TikTok) ; est-il finalement si à plaindre ? Au milieu d’une situation qui les dépasse tous deux, la querelle prend une tournure successivement violente puis absurde, tant l’un et l’autre semblent finalement avoir évolué dans l’indépendance plus que dans le manque. Pour combler des sentiments de culpabilité d’une part et de rejet de l’autre, mère et fils se sont alors placés dans une recherche de mise perspective : le monde va plus mal qu’eux, et c’est tout ce qui compte.

"La Dérive des continents (au sud)" est donc un film sur le conflit plus que sur les migrants ou la politique, mais semblant poser la question : un conflit dans un contexte lui-même explosif s’annule-t-il ? Si la réponse vous intéresse, le visionnage de ce long métrage vous est alors vivement conseillé, nous vous certifions des heures de réflexions délicieuses en perspective.

Rédactrice également membre du LYF

Amande DionneEnvoyer un message au rédacteur

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