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LA BULLE

Un film de Judd Apatow
 

POUR : Dans la bulle, c’est l’éclate !

Un groupe d’acteurs et d’actrices, coincé dans la « bulle sanitaire » d’un hôtel de luxe pour cause de pandémie Covid-19, tente tant bien que mal de boucler le tournage du sixième épisode d’une franchise de films d’action à succès…

La Bulle film movie

Sortie le 1er avril 2022 sur Netflix

La pandémie de Covid-19 a pu générer une grande créativité sur Internet, majoritairement avec des formats courts, et cette inventivité sur le sujet peine à prendre forme dans les longs métrages. Si cette période récente a su s’intérger sans problème dans la conclusion du drame "Drive My Car", les comédies ont beaucoup plus de mal à s’emparer de cette thématique : Dany Boon s’y est cassé les dents avec son piètre "8 rue de l’humanité" et les frères Larrieu ont raté leur fantaisiste "Tralala" en partie par ce choix regrettable de conserver l'étouffant contexte pandémique en toile de fond sans jamais l’exploiter. Avec "La Bulle", Judd Apatow ne réalise certes pas le film parfait, mais il livre ce qui est sans doute à ce jour le meilleur équilibre comédie/pandémie.

Cette réussite doit beaucoup à la volonté de laisser de côté le quotidien des gens « lambda » et l’approche pseudo-réaliste pour se tourner vers une sorte de mise en abyme du cinéma, sans tomber dans le nombrilisme puisqu’il privilégie un regard critique plein d’autodérision. Certes, son film souffre de certains excès (comme le recours à un service de sécurité exagérément musclé qui conduit notamment à une scène grotesquement gore de main arrachée) et le scénario a parfois tendance à patiner. Cependant, "La Bulle" parvient à s’affirmer à la fois comme un pur amusement et comme une autocritique de l’industrie du divertissement, particulièrement en ayant recours à la parodie (la saga fictive "Cliff Beasts" peut rappeler par exemple la franchise "Fast and Furious").

Apatow utilise à merveille la variété de ses personnages (tous aussi dingos et/ou égotiques les uns que les autres) et intègre au scénario certains de ses motifs favoris, comme le choc des générations et diverses névroses. On rit beaucoup et on décèle aussi, ça et là, des idées originales (dont une scène de trip collectif qui change un peu des mises en scène habituelles) et une délicieuse manière de tourner en dérision la technologie (les fonds verts, les réseaux sociaux…) et plus largement l’industrie du cinéma (les conflits d’égo, l’arrogante directrice de studio en visio, le making of…).

Outre les têtes d’affiche qui s’en donnent à cœur-joie dans ce huis clos choral (David Duchovny, Pedro Pascal, Karen Gillan, Leslie Mann, Keegan-Michael Key, Fred Armisen), on appréciera l’interprétation de personnalités plus méconnues comme Iris Apatow (déjà vue dans de précédents films de son père), Guz Khan (que l’on avait déjà pu apprécier sur Netflix dans "Army of Thieves"), Maria Bakalova (révélée par "Borat 2") ou encore Harry Trevaldwyn (coup de cœur pour l’auteur de ces lignes).

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

CONTRE : En loque : mode d’emploi

Fallait-il vraiment sortir ce film le 1er avril ? Fallait-il vraiment prendre le risque de lire la chose sous l’angle d’une mauvaise blague ? Toujours est-il que la déception ressentie s’avère tellement immense qu’il semble impossible de décrypter le film autrement. Déjà qu’on a vu ce que le confinement a pu faire comme dégâts sur le cinéma… Hein ? Ah non, on ne parle pas de la fermeture des salles et des conséquences économiques qui en ont découlé, mais bel et bien de cette poignée d’étrons filmiques, ni faits ni à faire et opportunistes à souhait, qui auront été balancés via les plateformes dans le but de surfer sur l’actualité mais qui n’auront fait qu’amplifier notre taux de déprime. Après Dany Boon et son affreux "8 Rue de l’(In)humanité" et un très mauvais apéro virtuel déguisé en film ("Connectés"), on ne s’attendait pas à ce que le grand Judd Apatow se fourvoie lui aussi dans cette branche bouseuse, surtout après un dernier film qui avait su consolider son talent ("The King of Staten Island"). Qu’il ait souffert d’être coupé du monde pendant le confinement, ça s’entend. Qu’il ait voulu s’occuper autrement qu’en rematant l’intégrale d’une série télé, en finissant dix fois le même jeu vidéo ou en faisant de la gymnastique sur son balcon, ça se défend. Mais qu’il ait voulu remplir du vide avec du creux pour tuer le temps, ça laisse surtout à penser que le temps a fini par tuer son talent.

S’il aura suffi d’une seule petite année pour concevoir cette "Bulle", il ne faudra pas plus d’un quart d’heure pour qu’elle éclate. L’idée d’un huis clos entre acteurs n’aboutit qu’à ce que l’on craignait : de l’entre-soi à fond les turbines, avec tellement rien à exprimer ou à défendre que la seule juxtaposition de dialogues vaseux et pas drôles fait figure de parti pris. Imaginez un ersatz du "Manoir" (vous savez, ce machin qui offrait à la scène comique française de YouTube son petit quart d’heure de non-gloire au format ciné…), collez-y des pseudo-SJW qui déballeraient leur life et leur analyse crypto-sociétale dans une vidéo mal montée et tweetée à la va-vite dans le seul but de faire du like, et vous aurez une vague idée du calvaire que l’on a subi à votre place. À peu près autant en roue libre que tous ceux qui peuplent (ou qui conçoivent) son cadre, Apatow ne fait même pas l’effort de crédibiliser quoi que ce soit : ses acteurs ne sont jamais dirigés (à croire qu’ils écrivent tous ici une lettre de motivation pour les Razzies !), chaque réplique sent l’improvisation paniquée et hésitante, le même gag est parfois répété ad nauseam comme s’il fallait sans cesse remettre le coulis de morve dans le nez après sa chute (bonjour les vannes sur les gestes barrières et le test PCR au coton-tige !), et le film hollywoodien dont il est ici question a moins à voir avec un ersatz de blockbuster Marvel qu’avec un dégueulis de production Asylum (d’où sortent ces foutus dinosaures volants ?!?).

Et le petit monde hollywoodien, alors ? Même pas égratigné par le point de vue cynique d’Apatow, ce dernier ne pesant rien en la matière face à un Ricky Gervais olympique durant son mémorable discours d’introduction des Golden Globes il y a deux ans. Il ne suffit pas de montrer des inserts Skype sur une directrice de studio en vacances (Kate McKinnon) ou sur une actrice reconvertie en prof de yoga chelou (Daisy Ridley) pour que l’on sente la bulle hollywoodienne percée de l’intérieur par un agitateur subversif. Tout comme il ne suffit pas miser sur des situations dignes d’un mauvais soap-opera (coucheries, conflits, fiestas sous coke, etc.) pour passer la smala du 7ème Art au karcher. Et il suffit encore moins de tenter l’esquive de la mise en abyme en guise de générique de fin pour se dédouaner d’être ce que l’on a voulu tourner en ridicule pendant deux heures. Savoir que Netflix a accepté de financer la chose sur le seul nom d’Apatow et sans avoir lu ne serait-ce que la première ligne d’un scénario donne le coup de grâce à ce navet. Mieux vaut se faire vacciner en revoyant "Funny People" : ça, au moins, c’était du (bon) cinéma.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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