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L’OUBLI QUE NOUS SERONS

Un film de Fernando Trueba

Quand la bonté implique un engagement synonyme de danger

1983, à Turin, Hector, étudiant colombien amoureux, reçoit un appel du pays. Il retourne alors à Medellin, à l’occasion d’un hommage rendu à son père dans le cadre de l’université, où ce médecin connu et apprécié du peuple enseignait jusqu’alors…

L'Oubli que nous serons film movie

C’est au travers du regard de son fils, Hector, surnommé Quiquin, également auteur du roman éponyme dont est adapté le film (publié en 2006), que Fernando Trueba choisit de dresser le portrait du Docteur Hector Abad Gomez. En montrant son engagement contre la maladie, notamment concernant les plus pauvres, avec en corollaire un militantisme en faveur de la création d’égouts dans les bidonvilles et quartiers défavorisés, David Trueba (le frère du réalisateur), ici au scénario, met aussi en évidence la corruption, et les intérêts du clergé, des politiques comme des guérilleros. Préférant, pour différentes raisons (pouvoir, argent, contrôle...), maintenir la population dans la précarité, ceux-ci sont clairement montrés du doigt au travers d’un portrait sensible qui se concentre avant tout sur le père de famille (Javier Cámara, épatant).

On pourra en effet regretter le peu de développement des personnages des 5 sœurs qui gravitent autour d’un couple au départ aimant et uni, et qu’observe avec une certaine frustration le personnage du fils (Juan Pablo Urrego, malheureusement bien peu charismatique). La distance avec elles est cependant bien rendue, l’auteur donnant à voir quelques beaux moments de complicité, scellant la cohésion de cette famille nombreuse. Parfois un peu trop explicite dans certains dialogues sensés poser le caractère respectueux ou bon du Docteur (« on ne frappe jamais une femme, pas même avec un pétale de rose », « comment peut-on faire ça a un homme si bon ? »), "L’Oubli que nous serons" n’en dégage pas moins quelques pointes de poésie, comme il met en évidence un besoin de s’engager et d’exposer l’injustice, ceci malgré les obstacles.

En choisissant de retranscrire le passé en couleurs (un grand flash-back qui fait les trois quart du film retrace l’enfance du fils depuis 1971, tout en dépeignant le caractère du père) et le présent (après 1983) en noir et blanc, Fernando Trueba ("Belle époque", oscar du meilleur film étranger en 1992, "Chico et Rita", "La reina de España"…) marque le passage de la liberté d’expression à un engagement plus synonyme de danger dans une Colombie instable et une ville de Medellin où la violence est quotidienne. Il conclut intelligemment son film sur la nécessité de cet engagement, suggérant le danger par une caméra flottante et soudain plus distante de son personnage, dans des scènes clés, accompagnées par la belle partition de Zbigniew Preisner, aidant à mieux saisir les réactions successives et l’émotion de proches qu’on aura cependant aimer mieux connaître.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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