Banniere Festival de Berlin - Berlinale 2024

L'HOMME D'ARGILE

Un film de Anais Tellenne

La parenthèse inspirante de la Belle, auprès de la Bête

Raphaël, 58 ans,borgne, est le gardien d’un manoir, vivant dans un pavillon voisin avec sa mère. Une nuit d’orage, l’héritière des lieux, artiste de renom, débarque à l’improviste. Il lui ouvre la demeure et la retrouve le lendemain matin, évanouie sur un canapé, des cachets et bouteilles d’alcool auprès d’elle…

"L'Homme d'argile" démarre comme ces films sur un monde d'avant, laissé à l'abandon par les maîtres, et où les servants se sont installés dans une sorte de routine ou de léthargie empreinte en partie de sérénité ("El Castillo", "Legua"). Ainsi Raphaël vit ici à l'écart avec sa mère, surveillant un petit manoir, ramassant du bois, s'attachant à faire sauter les taupes qui ponctuent la pelouse, et jouant la nuit de la cornemuse dans la piscine vidée. Ceci avant l'arrivée soudaine de Garance Chatel, l'héritière des lieux, artiste en pleine déprime, à la recherche d'un nouvel élan d'inspiration, qui va perturber son quotidien et devenir objet de fantasmes.

Raphaël est interprété par Raphaël Thiéry, entre aspect bourru et curiosité empreinte de réserve et de douceur. Garance est incarnée par Emmanuelle Devos, entre distance hautaine, curiosité intéressée et créativité politique. Un amusant extrait de reportage permet d’ailleurs de mesurer l'étendue de son art, faisant d'elle une icône excessive surnommée « La Dame en bleu », que ses réactions (pleurs soudains, sauts d'humeur...) semblent ici confirmer. Une fois les deux personnages mis en contact, le trouble réciproque peut alors s’installer, et Anais Tellenne s'amuse à structurer un conte moderne qui fait appel à l'imaginaire de celui qui est le plus fasciné et rêve secrètement d'une autre existence.

Entre feuilleton regardé en boucle par sa mère ("Madame", dont les notes du générique - la chanson titre de Claude Barzotti -, prête à sourire autant qu'elle évoque leur fossé social), ses rêves érotiques esquissés par de simples ondulations de son corps massif, une jalousie lorsqu'un étranger s'immisce dans le décor, leur connexion va passer par l'art même déployé par la femme. Et quoi de mieux que l'argile pour servir de vecteur érotique, Anais Tellenne nous emmenant alors dans une histoire de muse au masculin, et de Belle qui s'improvise une parenthèse égoïste auprès d’une Bête qui ne fera jamais partie de son monde. Reste une conclusion, certes cruelle, mais qui affirme aussi le réveil d'un personnage, prêt à changer et à prendre désormais soin de lui.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

Laisser un commentaire