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L'ÉTOILE FILANTE

Les clowns sont fatigués

Un soir de pluie, un homme rentre dans le bar tenu par Boris et sa femme. Celui-ci menace Boris avec un revolver, en lui disant « je sais qui vous êtes » ! Mais, perdant soudainement son bras en prothèse, il le rate et s’enfuit. Inquiets, la femme de Boris et le vigile du bar repèrent un homme dépressif prénommé Dom, sosie de Boris, qui habite dans une écluse. Ils décident alors d’obliger celui-ci à prendre la place de Boris, afin que celui-ci reste sain et sauf. Mais une détective prénommée Fiona enquête sur la disparition de Dom…

On a autrefois adoré certaines réalisations du duo Abel et Gordon, tels que "L'Iceberg", "Rumba" ou encore "La Fée", véritables petits bijoux d'originalité de ton, de drôlerie picturale et de poésie. Malheureusement, avec "L’Étoile filante", la magie n'est cette fois-ci pas au rendez-vous, la faute à un scénario souvent abscons, qui tourne rapidement en rond, et à une mise en scène qui force sur le trait sur les parenthèses clownesques, saturant l’espace de fantaisie du spectateur jusqu’à l’excès. Car sur un sombre point de départ lié à un attentat auquel participa le personnage principal, Boris, barman, les saynètes se succèdent avec des hasards téléphonés, des chorégraphies parfois inspirées (le mouvement de bicyclette dans le lit lors d’un cauchemar, suivi par la femme éveillée …) parfois incongrues (la choré de retrouvailles de Fiona et Dom, exalté), des aspects clownesques bienvenus (la choré avec la veste, la moustache dessinée…) ou totalement grotesques (quand Fiona tente de franchir la grille du cimetière).

À trop vouloir donner dans la fantaisie, le comique de répétition en finit par devenir secondaire, alors que les irruptions successives de l’homme au revolver, malheureux au tir à cause des réactions de son bras prothétique, avait quelque chose d’un concept réjouissant et se suffisait à lui seul. En regroupant ses apparitions, celait aurait sans doute donné un excellent court métrage, et l’on a progressivement la désagréable impression que tout le reste à juste été brodé autour pour apporter ici une inexistence épaisseur. Restent quelques trouvailles pas forcément toujours exploitées dans le détail (le syndrome de Lima, inverse du syndrome de Stockholm, la vieille Fiat Panda verte, l’improbable chanson sur la moustache, ou encore l’unique cliente de la détective, la disparition dans un pouf…). Si la direction artistique et l’usage des couleurs sont toujours au top, les clowns, eux, sont bien fatigués.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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