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L'ENQUÊTE

Un film de Tom Tykwer

La nouvelle donne du « polar capitaliste »

Un agent d’Interpol enquête sur l’une des plus puissantes institutions bancaires du monde, qui tremperait selon lui dans de sombres affaires de trafic d’armes, de corruption et de meurtres…

Après la très bonne adaptation du roman de Patrick Suskind « Le Parfum », Tom Tykwer continue de se donner une carrure internationale avec ce polar intelligent et subtilement musclé, qui surfe sur la vague des excès du capitalisme sauvage et de son mode d’existence privilégié, la mondialisation des échanges. Doté d’un casting doux amer (Clive Owen, décidément parfait et véritable contrepoint à un Daniel Craig dont il partage les traits burinés, Naomi Watts, actrice lumineuse par excellence, et le trop rare Armin Mueller-Stahl, patriarche russe de Cronenberg dans « Les promesses de l’ombre ») et d’un scénario écrit au cordeau par Eric Singer, « L’enquête – The International » (il n’y a bien que les Français pour conserver le titre original en lui apposant une équivalence inepte dont le seul intérêt sera de faciliter la catégorisation du film dans l’Officiel des spectacles) embarque son spectateur dans les circonvolutions du gangstérisme en col blanc globalisé, mené de tête par un patron de banque charismatique et frigide à souhait, pointant du doigt les opérations financières douteuses menées par les établissements de crédit. Le film s’inspire d’un scandale des années quatre-vingt ayant éclaté autour d’une grande banque internationale, la BCCI : la fiction rejoint ici la réalité, jusqu’à ce que notre réalité, sans doute aucun, rejoigne un jour cette même fiction.

Pour notre plus grand plaisir, « L’enquête » réunit tous les éléments du genre : des assassinats ciblés et astucieux, des complots ourdis par des têtes pensantes, des protagonistes volontiers menaçants et insensibles, une histoire sibylline qui réclame une attention de tous les instants, une grappe de comédiens au charisme imposant… D’autant que Tykwer a l’intelligence et le savoir-faire pour franchir régulièrement et sans dégâts la frontière entre les genres, et passer ainsi de l’enquête basique à un déchaînement de violence sans égal. A cet égard, le morceau de bravoure du film, une longue séquence de fusillade au cœur du musée Guggenheim, vient brusquement renverser la tranquille sérénité d’une enquête qui se déroulait jusque là sans trop d’épanchements, et verse dans un mélange de violence et de déchaînement sonore à la fois surprenant et jouissif. La topographie même du musée – une longue allée en forme de spirale montant jusqu’au plafond – symbolise parfaitement la labyrinthique investigation des deux agents, qui se fourvoie ici dans une impasse sanglante. Une séquence choc qui vient couronner un film aux très nombreuses qualités, et qui lorgne franchement vers l’excellence.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

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