Banniere-Berlinale-2019

JSA

Un film de Park Chan-wook

Pas seulement là pour des Corées…

Pour le compte d’une commission internationale neutre, Sophie Jean, une Suissesse d’origine coréenne, est chargée d’enquêter sur une fusillade ayant provoqué la mort de deux soldats nord-coréens à Panmunjeom, dans la zone commune de sécurité qui sépare les deux Corées. Alors qu’il faut à tout prix apaiser les tensions entre les deux pays rivaux, la version des survivants est rapidement remise en question…

Voilà déjà un long parcours pour ce film qui bénéficie enfin d’une sortie en salles en France (dans une version restaurée) : sorti en 2000 en Corée du Sud, récompensé à Deauville en 2001, sorti en DVD en France dès 2003, il a continué à être montré dans des festivals comme le Festival Lumière de Lyon en 2016 ! Il faut dire que Park Chan-wook ne bénéficiait pas encore d’une notoriété internationale au tout début des années 2000. Depuis, des films comme "Sympathy for Mister Vengeance", "Oldboy", " Stoker" ou "Mademoiselle" l’ont consacré comme l’un des cinéastes majeurs du cinéma asiatique de ce début de siècle.

Cerise sur le gâteau : l’actualité de la diplomatie yo-yo entre les deux Corées renforce la légitimité de cette sortie tardive, et donne même à "JSA" une pertinence quasi prédictive ! Même si Park Chan-wook se montre évidemment plutôt pro-Sud en se moquant gentiment du régime nord-coréen, le film est avant tout une dénonciation de l’absurdité de la situation. Un peu à la manière de ce qu’a proposé Christian Carion avec "Joyeux Noël" en 2005, le cinéaste coréen rappelle que, de chaque côté d’un cruel no man’s land, se trouvent de simples êtres humains qui aspirent au bonheur et qui ne sont pas si différents que ça malgré les distinctions politiques ou culturelles.

La construction non linéaire de "JSA" est parfois perturbante, avec ses flashbacks, ses mises en image de témoignages discordants ou encore de mystérieuses scènes qui apparaissent d’abord comme des interludes déconnectés de l’histoire (notamment celle la visite touristique de Panmunjeom). On s’y perd un peu mais c’est volontaire et cela apporte un certain suspense inhérent au genre du film d’enquête. Le point fort réside toutefois dans les choix plus burlesques qui parviennent à la fois à alléger l’atmosphère et à souligner encore plus l’aspect tragique de l’histoire ! Si les personnages anglophones manquent de charisme (y compris la bilingue Suisso-Coréenne), le quatuor central est irréprochable, tant humoristiquement qu’émotionnellement, et suscite d’autant plus l’empathie que le propos du film dépasse le cadre de la rivalité intercoréenne pour développer une valeur universelle : la fraternité.

Raphael JullienEnvoyer un message au rédacteur

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