Parce qu'on en a jamais assez !

JOHN WICK PARABELLUM

Un film de Chad Stahelski

Si vis pacem, para bellum

Excommunié pour avoir exécuté un membre de la Grande Table à l’intérieur même du Continental Hotel, John Wick est désormais en fuite, traqué par tous les tueurs du monde et sa tête mise à prix pour 14 millions de dollars. Mais il n’a pas fini de faire pleuvoir les cadavres…

John Wick 3 Parabelum film image

Reprendre les armes aussi vite ? Alea jacta est… Le choc "John Wick 2" ne s’était même pas encore effacé de notre mémoire qu’on était déjà sur le point de goûter la conclusion tant attendue de cette franchise d’action pour le moins improbable, ayant démarré dans le petit actionner sans grand relief (« on a buté ma femme et mon chien, alors je bute tout le monde ! ») pour finalement acquérir une ampleur théorique et plastique des plus fascinantes (et si cet univers était la nouvelle Matrice avec des tueurs cachés partout ?). Sauf que la conclusion n’est pas au rendez-vous. Révélons tout de suite ce qui n’est pas un spoiler à proprement parler : les aventures de ce tueur flingueur ne manqueront pas d’avoir droit à une phase 4 d’ici quelque temps. Entre temps, c’est surtout le déluge d’action pure et de cadavres massacrés que vise ce "John Wick 3", construit sur une trame plus que minimaliste et très globe-trotter dans l’âme. En effet, à chaque nouvelle destination visitée, John Wick reçoit le soutien d’une connaissance qui prend d’abord soin de le « défier », rencontre ensuite un ennemi (voire une dizaine) et massacre tout le monde dans des scènes d’action qui s’étirent de façon jubilatoire. C’est tout ? C’est tout. Il vaut donc mieux être prévenu : on est ici davantage dans "The Raid" que dans "Matrix".

Comme tiraillé par ses impératifs d’en mettre plein la vue coûte que coûte, l’ancien cascadeur Chad Stahelski met donc les bouchées triples en matière de bagarres et de fusillades, lesquelles osent enfin la rupture avec la technique du « one shot, one kill » pour plonger dans de savantes chorégraphies où les corps réduisent chaque décor en bouillie et se charcutent parfois dans de grandes envolées gore à la limite du cartoon. Star d’un jeu vidéo grandeur nature où chaque boss surpasse le précédent, Keanu Reeves joue la surtension permanente et rend son personnage de tueur encore plus abstrait qu’avant – ce qui le caractérise sur le plan émotionnel vaut ici peanuts. Seule compte sa maîtrise du flingue et des armes blanches (ici plus que sollicitées !), et notre plaisir de spectateur se limite à savourer un taux très élevé de violence graphique et de gestes vénères (qui aurait cru qu’un gros bouquin serait la meilleure façon de défoncer une mâchoire humaine ?). Cela dit, inutile de se le cacher : aussi monstrueux soit-il en termes d’action pure, "John Wick 3" déçoit considérablement sur le terrain narratif.

Avec une trame qui finit par ne rien raconter, un fonctionnement global de la Grande Table qui vire à l’incompréhensible, des rites sacrificiels super absurdes et des guignols téléguidés par on ne sait plus qui, c’est peu dire qu’on ne saisit plus la logique de cet univers. Les personnages sont éjectés aussi vite du récit qu’ils y ont été invités, en particulier une Angelica Huston qui encaisse son chèque et même une Halle Berry qui n’a même pas eu droit au statut de partenaire sidekick (elle n’est là que pour une demi-heure de métrage). C’est presque un miracle si les vilains Mark Dacascos et Asia Kate Dillon tirent leur épingle du jeu : lui en adversaire agité comme un karatéka sous acide, elle en manipulatrice droite comme un poteau télégraphique. Quant à la scène finale, elle se contente de rouvrir l’horizon de la franchise au lieu de le refermer, et ce en faisant d’un second couteau jusqu’ici fondamental le bouc émissaire d’un basculement narratif plus que malhonnête. À ce moment-là, on craint le pire : John Wick deviendrait-il la marionnette d’une parodie de son propre univers ? Il faudra hélas attendre l’opus 4 – d’ores et déjà prévu – pour en savoir plus, histoire de se rassurer ou de s’alarmer. Ce qui est sûr au final, c’est que, si l’action affiche comptant, l’univers a perdu beaucoup de crédit.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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