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LE JEUNE KARL MARX

Un film de Raoul Peck

Un biopic centré sur le choc entre amitié et intérêts

En 1844, alors que les pays occidentaux sont en pleine révolution industrielle, le jeune Karl Marx, journaliste et philosophe, évolue dans les cercles intellectuels et anarchistes parisiens, côtoyant Proudhon, Bakounine et Engels. Intéressé par les travaux de ce dernier, il lui conseille des lectures sur l’économie. Ils accoucheront ensemble d’un ouvrage commun intitulé « Critique de la critique critique », marquant le début d’une longue amitié…

En signant un biopic sur les jeunes années de Karl Marx, Raoul Peck ("Lumumba"), plus connu pour ses documentaires engagés ("Assistance mortelle", "I Am Not Your Negro"…), prenait forcément le risque de livrer un film didactique et potentiellement rébarbatif, voire ultra politisé. C'était en fait sans compter sur la plume inspirée de Pascal Bonitzer ("Cherchez Hortense", "Rien sur Robert"…), capable à la fois de donner à voir un contexte historique complexe, l'évolution effrénée des courants de pensée et des mouvements ouvriers de l’époque, tout en donnant parfaitement à saisir les enjeux intimes de chacun des personnages.

Le film s’ouvre ainsi sur la situation des paysans et ouvriers en Angleterre en 1843 et la répression systématique et sans pitié qui découla de leurs révoltes (arrestations, condamnations dans tous les cas de figure…), avant de nous plonger un an plus tard dans les milieux contestataires français, ayant comme objectif de « faire craquer le vieux monde », et réunissant bon nombre de futurs grands théoriciens internationaux. S’attachant à l'amitié et la complicité qui lia Karl Marx, prolétaire sans le sou, et Friedrich Engels, fils de bourgeois tisserand, le scénario retrace les galères du premier, de son expulsion de France à l’hiver 1845, jusqu’à la naissance de la Ligue communiste en 1848, en passant par ses missions à Londres en 1846.

Réussissant à rendre les enjeux politiques et les rivalités de courants de pensée assez lisibles, le récit montre le rôle fondamental de l'épouse de Marx, soutien indéfectible et contributrice, à l'époque, de certaines alliances fondamentales. Linéaire dans sa construction, "Le Jeune Karl Marx" adopte cependant un rythme propre à un certain suspense, montrant efforts et combats pour donner aux ouvriers une ligne de pensée, un idéal vers lequel ils pourraient tendre. Biopic élégant par la sobriété de la reconstitution, le film trouve une troublante résonance contemporaine, dans la lutte des petits contre l’exploitation, comme dans l’espoir d’un nouveau système.

Une convergence qui trouve un écho tout particulier, en forme d’avertissement, lorsque l’un des personnages déclare : « ne faites pas comme Luther, qui après avoir détruit le dogme catholique, a fondé une religion toute aussi intolérante ». Porté par un casting international excellent de bout en bout, August Diehl ("Les Faussaires", "En mai, fais ce qu’il te plaît") en tête, le film enfonce autant le clou sur l’augmentation galopante des inégalités que sur la division grandissante de la société. Ceux qui ont vécu la récente période électorale y retrouveront beaucoup de déchirements actuels.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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