Banniere_Fete_Court_Metrage_2021

JE VEUX JUSTE EN FINIR

Un film de Charlie Kaufman

Psychanalyse de l’endurance

Lucy, qui ne croit plus trop à sa relation avec son petit ami Jake, a tout de même accepté de se rendre avec lui chez ses parents, afin de rencontrer pour la première fois sa belle famille. Mais le voyage ne sera pas de tout repos…

Je veux juste en finir film

Sortie le 4 septembre 2020 sur Netflix

Sortie début septembre sur Netflix, "Je veux juste en finir" serait sans doute passé par la Mostra de Venise, si 2020 avait été une année comme les autres. Il s'agit en effet du nouveau film de Charlie Kaufman, scénariste de "Dans la peau de John Malkovich", "Human Nature" ou encore "Eternal Sunshine of the Spotless Mind", dont les méandres psychanalytiques, mâtinés d'un humour cynique, peuvent encore donner le tournis à certains spectateurs. Passé à la réalisation avec le labyrinthique "Synecdoque, New York", portrait d'un metteur en scène de théâtre torturé, il a ensuite transformé l'essai avec le film d'animation "Anomalisa", histoire d'amour déjà dépressive. Voici donc qu'il remet le couvert avec une œuvre immersive, apparent voyage dans l'esprit gelé d'une femme en plein questionnement, dont le voyage enneigé avec son compagnon vers une belle-famille constituera un trip achevant sa déshumanisation.

L’affiche en dit d’ailleurs long sur le personnage, sa silhouette se détachant à peine sur fond d’une tapisserie vieillotte et délavée. Au fil d’un récit qui ne lésine ni sur les incohérences apparentes, ni sur la répétition, ni sur les boucles temporelles impossibles, on s’enfonce peu à peu dans une sorte de rêve éveillé, dont le personnage central n’est peut-être pas au final celui qui raconte l’histoire au début (Lucy). On notera ainsi que Lucy change plusieurs fois de profession (d’abord étudiante en physique quantique, puis gérontologie...), qu’un mystérieux vieux concierge épie les gestes des lycéens autour de lui, que les parents de Jake vieillissent puis rajeunissent selon les moments, ou encore que le même vêtement tourne en n exemplaires dans la lessive...

Derrière ces scènes où la notion de temps semble effacée, qui parfois semblent n’en plus finir (la seconde séquence de conduite sous la neige est une véritable épreuve de patience…), derrière ces étranges poèmes sur le retour chez soi, des thèmes comme la sénilité, l’ombre de la mort, la perte de contact, l’espoir, les regrets, se font jour. Mais pour beaucoup de spectateurs, il sera sans doute trop tard, malgré le foisonnement d’idées de la toute dernière partie, pour recoller à une intrigue qui n’aura su que trop ponctuellement nous rendre mal à l’aise ou aiguiser notre curiosité, par un dialogue décalé sur Billy Crystal, un générique de faux film romantique de Robert Zemeckis, l’apparition d’un étrange cochon ou un inattendu morceau de comédie musicale... Librement adapté du livre de Iain Reid, "Je sens grandir ma peur", publié en 2016, "Je veux juste en finir" est sans doute l’œuvre la plus complexe de Charlie Kaufman et en tant que telle, ne sera pas accessible aisément à tout le monde.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

Laisser un commentaire