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JE NE SUIS PAS UN HÉROS

Un film de Rudy Milstein

Être ou ne pas être le jouet des autres

Louis est un avocat débutant dans un grand cabinet où il ne parvient pas à s’imposer, ni même à exister. Lorsqu’il apprend qu’il a un cancer puis qu’il l’annonce à ses supérieurs, il devient soudainement intéressant pour les autres, humainement comme professionnellement. Mais il fait face à un dilemme quand il apprend qu’il y avait finalement une erreur de diagnostic et qu’il va très bien…

Je ne suis pas un héros film movie

L’an dernier, James Huth et Jamel Debbouze tentaient en vain de se placer en héritiers de Francis Veber et Pierre Richard avec "Le Nouveau Jouet". Finalement, le premier long métrage de Rudy Milstein est un successeur bien plus digne du "Jouet" de 1976, bien que le réalisateur ne cite pas Veber comme influence et plutôt Judd Appatow, Agnès Jaoui ou le duo Leclerc/Kasmi ("Le Nom des gens"…). Dans tous les cas, son "Je ne suis pas un héros" démontre sa capacité à allier un humour bien rythmé (à la fois léger, burlesque et décalé) et des thématiques tout à fait sérieuses (le cancer donc, mais aussi des notions comme l’honnêteté, le courage ou le carriérisme). L’équilibre est délicat et le film parvient à glisser de la comédie au drame avec un naturel déroutant.

En mettant en scène un avocat confronté à la nécessité (ou non) du mensonge, "Je ne suis pas un héros" pourrait aussi faire penser à "Menteur, menteur". Mais le style est bien différent. Le personnage principal, enfermé dans une duperie qu’il n’a finalement pas décidée initialement, offre à Vincent Dedienne un rôle idéal pour enfin exploiter pleinement son talent sur grand écran, entre tendresse et drôlerie. Candide, maladroit, généreux et doux rêveur, il a donc tout d’un nouveau Pierre Richard à travers cette performance, bien que sa gestuelle soit plus mesurée. La mise en scène souligne avec humour et originalité sa marginalité (par exemple quand il est le seul à ne pas être reconnu par le capteur de mouvement dans les toilettes) ou ses doutes (comme lorsqu’il multiplie les allers-retours dans un couloir sous le regard de clients interloqués).

Mais Vincent Dedienne n’est pas la seule satisfaction et le film ne serait pas si bon s’il n’était pas également peuplé d’une pléiade de seconds rôles bien écrits, lesquels évitent de faire porter au protagoniste principal tout le poids de l’humour et des réflexions – ce qui est logique avec un tel titre : il est le héros sans en être un ! Qui plus est, tout personnage porte en lui la complexité de l’être humain, avec un mélange de bonté et d’imperfections (selon des dosages variables, évidemment). Citons ainsi Géraldine Nakache en militante à fleur de peau, animée par une colère altruiste ; Clémence Poésy en femme à poigne qui compose avec ses contradictions pour exister dans un monde dominé par les hommes ; Isabelle Nanty et Sam Karmann en couple usé par le temps et préoccupé par les difficultés de leur fils ; Rabah Naït Oufella en cancéreux émouvant ; Johann Dionnet (vu par exemple en frère de Pio Marmaï dans "Santa et Cie") en avocat d’abord sûr de lui puis déstabilisé ; Sébastien Castro en avocat nonchalant et incompétent de la partie adverse…

Mais dans cette galerie de personnages, on retiendra surtout Rudy Milstein, le réalisateur lui-même, qui joue le second rôle le plus original et marquant du film : un voisin qui exprime ses pensées sans filtre à cause d’une incapacité à ressentir des émotions à la suite d’un AVC. À lui seul, il est, par sa franchise hors normes, un gag ambulant ainsi qu’un catalyseur - car il pousse Louis à se poser les bonnes questions et à avancer –, mais aussi une source inattendue d’émotion lors d’une scène d’enterrement mémorable. Les talents multiples de Rudy Milstein devraient faire de lui un nouveau nom à suivre dans le cinéma français.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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