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J'ACCUSE

Un film de Roman Polanski

« Et c’est volontairement que je m’expose »

Le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus est publiquement dégradé après avoir été condamné pour trahison. Le colonel Picquart est quant à lui nommé chef du service de renseignement militaire. Il profite de cette position pour enquêter sur l’affaire et découvre progressivement les preuves de l’innocence du condamné. Commence alors pour lui un long combat pour faire éclater la vérité et rendre justice à un homme qu’il ne tient pourtant pas en estime…

J'accuse film image

Le 13 janvier 1898 parait le 87ème numéro du journal L’Aurore. La une ne peut pas laisser indifférent : en haut de la page s’affiche en grand le mot « J’accuse… ! ». Un titre qui éclate à la face des lecteurs et qui fera l’effet d’une bombe dans le débat politique et médiatique de l’époque. L’écrivain Émile Zola prend le relai de Victor Hugo pour incarner la figure de l’intellectuel engagé. Son article, qui occupe l’intégralité de la première page du journal est une lettre publique adressée au président de la République Félix Faure. Le contenu du texte est moins un discours politique qu’un rapport, le compte-rendu minutieux du résultat d’une contre-enquête sur l’affaire Dreyfus. Celle-ci n’a pas été menée par Zola lui-même, mais par le lieutenant-colonel Marie-Georges Picquart. C’est lui que le cinéaste a choisi de suivre pour rendre compte des arcanes de cette grande affaire, en s’intéressant plus au contenu de l’article qu’à son écriture et sa publication.

Polanski n’a en effet pas réalisé un film moralisateur, mais un film d’enquête à la Pakula dans le Paris de la fin du 19ème siècle. Tout comme Steven Spielberg avec "La liste de Schindler", il ne se place pas du point de vue de la victime, mais d’un homme appartenant au camp de ses bourreaux. C’est bien l’affaire qui l’intéresse, plutôt que le scandale. Le métrage débute fort avec la dégradation du capitaine dans la cour de l’École militaire située en face du Trocadéro, puis se focalise sur la découverte progressive par Picquart des erreurs commises dans l’instruction du procès de Dreyfus, ce dernier étant relégué au second plan. L’action se déroule alors en deux temps : l’enquête interne clandestine au cœur d’une bureaucratie froide et fermée; puis le combat pour en révéler les conclusions face à un état-major hostile qu’il affrontera devant les tribunaux. Picquart se transforme en espion avant de devenir ce que l’on appellerait aujourd’hui un « lanceur d’alerte », victime de mesures de rétorsions et prêt à alerter les médias.

Si le montage n’est pas toujours très heureux, les décors et la photographie sont très réussis. Jean Dujardin assume parfaitement son rôle, contrairement à Emmanuelle Seigner qui n’est pas vraiment à la hauteur. A noter également la performance de Grégory Gadebois, imposant, et de Louis Garrel, méconnaissable.

David ChappatEnvoyer un message au rédacteur

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