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INUPILUK + LE FILM QUE NOUS TOURNERONS AU GROËNLAND

Deux moyens-métrages très attachants

Thomas et son ami Thomas ont pour habitude de traîner ensemble au café, plusieurs fois par semaine. Mais cette fois-ci, le premier annonce au second qu’il va devoir accompagner deux voyageurs inuits, amis de son père, qui souhaitent découvrir la France. Tous deux décident alors de jouer le rôle de leurs accompagnateurs… Quelque temps après, le réalisateur Sébastien Betbeder retrouve ses deux acteurs afin de discuter avec eux de l’écriture d’un scénario qui sera tourné au Groënland, dans le village de leurs deux visiteurs inuits…

Belle initiative que d’avoir collé en double programme ces deux moyens-métrages de Sébastien Betbeder ("2 automnes, 3 hivers"). D’abord parce qu’ils font preuve d’une qualité d’écriture plutôt rare au sein de ce format – "Inupiluk" fut d’ailleurs récompensé du Prix Louis Delluc et nominé cette année au César du meilleur court-métrage. Ensuite parce qu’ils forment un diptyque très intéressant sur la notion d’improvisation. Dans "Inupiluk", deux jeunes parisiens improvisent des rôles de guides pour leurs deux hôtes inuits venus visiter la France. L’astuce centrale de ce moyen-métrage home-made, aussi simple que touchant, vise à rendre les deux français encore plus largués que leurs visiteurs, ces derniers restant curieux et émerveillés par tout, a contrario de leurs deux guides qui se retrouvent en position de jouer la surprise pour mieux gérer la barrière du langage. Il en ressort une petite excursion agréable et décalée, interprétée par une poignée de comédiens très en phase avec leurs rôles. C’est même d’autant plus émouvant que rien ne semble « joué », les émotions comme les situations…

Dans "Le film que nous tournerons au Groënland", on franchit le quatrième mur pour s’attacher à la préparation, là encore improvisée, d’un tournage visant à faire suite à "Inupiluk". Deux idées conjointes viennent alors se rencontrer : un scénario à développer, un tournage à préparer, un rôle à imaginer. L’occasion pour les acteurs Thomas Blanchard et Thomas Scimeca de « jouer » face caméra ce qu’ils envisagent de jouer sur le futur tournage. Ayant bien compris que leur amitié et leur complicité étaient le ciment d’une vraie fibre comique (et en effet, ils sont plutôt amusants), Betbeder leur laisse le champ libre pour mieux improviser en temps réel les préparatifs du futur tournage. Le plus fort, c’est qu’au détour de quelques scènes autour d’un barbecue ou d’une séance de drague ratée, la fiction en arrive à s’installer, subtilement et toujours en douceur, évitant ainsi au moyen-métrage de ressembler à un énième making-of de film. Une belle caractéristique qui ne fait que renforcer notre envie de visionner le futur film en question, intitulé "Voyage à Kullorsuaq".

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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