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INTERIOR. LEATHER BAR.

La Chasse, part 2 ?

La légende raconte que plus de 40 minutes de scènes gays sadomasochistes auraient été coupées et supprimées du film "La Chasse - Cruising" de William Friedkin. Les réalisateurs James Franco et Travis Mathews ont alors imaginé ce que pouvaient être ces scènes perdues…

On sait que James Franco, bourreau de travail et touche à tout, adore multiplier les projets les plus farfelus et diversifiés possibles. Ainsi, lorsque nous avons appris qu’il allait réaliser un film retraçant les 40 minutes coupées du long-métrage "La Chasse - Cruising", nous étions à peine surpris. Mi-documentaire, mi-fiction, "Interior. Leather Bar." est tout autant un moyen-métrage sur le cinéma qu’une exploration sur la liberté sexuelle. Ainsi, les réflexions des réalisateurs et des acteurs alternent avec les images tournées de leur version de la scène qui voyait Al Pacino pénétrer dans un bar gay où l’ambiance était des plus torrides. Tout est évidemment scénarisé, mais l’intérêt est ailleurs, il s’agit de confronter frontalement les spectateurs à la sexualité pour les interroger sur celle-ci, les propos de l’équipe du film nous guidant sur ce chemin.

Dans cette industrie conformiste et lissée, où les studios sont de plus en plus puritains, prendre le risque de choquer certains spectateurs constitue désormais un véritable pari pour un acteur aussi connu que James Franco. On savait déjà le garçon courageux, refusant plusieurs fois des gros cachets pour préférer des productions qui lui tenaient à cœur, mais ceux qui avaient des doutes ont de fortes chances de les voir se dissiper. Les scènes de sexe sont explicites, la caméra n’hésitant pas à s’approcher au plus près des corps, les conversations sur le plateau n’évitent aucune question. La bonne idée du scénario est ainsi de nous montrer un acteur principal, hétérosexuel, en proie aux doutes, perdu au milieu de cette orgie ambiante. Tous les sujets sont évoqués, de manière plus ou moins crue, et il est presque impossible de rester hermétique face au rendu final.

Malheureusement, si le propos est des plus intéressants, l’objet filmique est en lui-même moins captivant. En effet, sa forme hybride a tendance à recentrer le film sur lui-même, tombant dans un égocentrisme pesant. On a ainsi plus l’impression d’être face à une petite production entre potes qu’à un véritable métrage de cinéma. Néanmoins, en cette période où le mariage homosexuel vient d’être légalisé en France, "Interior. Leather Bar." n’en reste pas moins une réflexion intelligente sur l’homosexualité, évitant tous les clichés, pour uniquement nous interroger sur le dégoût stupide que peuvent ressentir certains à l’égard de celle-ci. Une fois encore, James Franco surprend, et s’il n’a pas grand-chose à faire en tant que comédien, il semble être définitivement dans le bon wagon.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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