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INSAISISSABLES 2

Usage de faux-semblants

Cela fait déjà un an que les Quatre (ou Cinq ?) Cavaliers ont su révéler les méthodes frauduleuses de leur ancien employeur richissime Arthur Tressler et berner toutes les forces du FBI lancées à leurs trousses. Leur nouvelle cible est un magnat de la technologie à la tête d’une vaste organisation criminelle, mais celui-ci parvient à anticiper leurs tours et à les piéger, les forçant du même coup à accomplir pour lui un braquage extrêmement difficile. L’équipe va devoir prendre son nouvel ennemi à son propre piège…

Mis en boîte par le très sympathique Louis Leterrier, le premier "Insaisissables" avait accompli sa mission avec brio : attirer l’attention du public par un divertissement combinant magie et braquage, et le surprendre sans cesse par une succession de péripéties aussi improbables que jouissives. Il représentait le trait d’union idéal entre la mécanique tarabiscotée d’un "Ocean’s eleven" et un spectacle d’illusion de David Copperfield (le roi indétrônable des tours de magie insensés et spectaculaires), tirant toute sa force d'un montage survolté et ajustant peu à peu chaque pièce de ce chouette scénario-puzzle. Succès oblige, une suite semblait inévitable. Que l’on se rassure : si Leterrier a fini par laisser les clés de la fourgonnette à Jon M. Chu (soit le zinzin qui a commis un doc à la gloire de Justin Bieber et transformé "G.I. Joe" en téléfilm Disney Channel !), la recette ne varie pas. Chu reste fidèle à sa vocation de tâcheron flashy sans génie ni artisanat, et se contente de remettre les mêmes ingrédients dans la même marmite narrative, en y ajoutant toutefois suffisamment de twists épicés pour rendre la recette encore plus tarabiscotée qu’avant.

La bonne idée de cette suite est de laisser de côté le concept d’un tour de magie servant de couverture à un braquage commis par une bande de Robins des Bois modernes (leur but est de démasquer ceux qui contrôlent la vie privée des individus), et d’assumer pleinement la magie comme moteur narratif, voué à relancer perpétuellement les dés de ce que l’on voit et ce que l’on croit voir – le titre américain du film apparaît encore plus justifié. Plus encore que Leterrier, Jon M. Chu se fiche éperdument de la cohérence d’une telle avalanche de surprises et de coups anticipés à l’avance (le débat risque, hélas !, d’agiter un public sevré à la question « comment peut-on croire à un truc pareil ?!? »), et se contente de jouer à plein régime sur la dynamique du montage et des effets. La logique est la même que celle d’un tour de magie savamment orchestré et anticipé : sonner le public suffisamment fort pour que l’impact de la surprise supplante la reconstitution du tour en soi. D’où un plaisir ininterrompu à se laisser embarquer dans un tel rollercoaster de twists, où la magie implique mille et une possibilités : passer de Londres à Macao en quelques secondes, arrêter la pluie pour la faire repartir en sens inverse, ou encore user de sa propre dextérité pour faire voler un objet souple dans une pièce bondée sans qu’il soit repéré (scène brillante de la « carte »).

On en oubliait presque qu’"Insaisissables" devait une large partie de son capital sympathie à l’alchimie parfaite qui régnait entre tous les membres de son casting. L’équipe de magiciens s’en donne encore à cœur joie, en particulier une Lizzy Caplan en nouvelle recrue bien zinzin (Isla Fisher étant excusée pour cause de grossesse) et un Woody Harrelson qui assoit pour de bon son redoutable potentiel dans l’autodérision (mais chut…). Et puis, quoi de mieux comme nouvel adversaire retors qu’Harry Potter lui-même ? Avec le fameux Daniel Radcliffe dans la peau du jeune salaud arrogant et les deux pointures revanchardes du premier film (Morgan Freeman et Michael Caine), le piège tendu est ici des plus tortueux et redoutables. On aura beau envisager une dizaine de fins possibles en faisant mine de deviner le pot aux roses, on se fera quand même rouler dans la farine lorsque chacun tombera le masque. De quoi crier à l’arnaque ? Relax, ce n'est que du cinéma…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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