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INHERENT VICE

Le cocktail sexe, drogue et conspirations à la sauce PTA : un régal exaltant

Un soir, Shasta resurgit dans la vie de son ex petit-ami, le détective privé Doc Sportello. Leur histoire d’amour et de drogues ne s’est jamais véritablement terminée, mais cette nuit, elle n’est pas venue pour remettre le couvert. Au contraire, elle est inquiète, elle a peur qu’on cherche à faire disparaître l’homme dont elle est tombée amoureuse, un riche promoteur immobilier. Le début d’une sombre affaire…

Paul Thomas Anderson l’affirme de partout : il a changé. Il n’est plus cet obsessionnel du détail, ce control freak incurable. Avec « Inherent Vice », il aurait réussi à lâcher prise, à être plus décontracté. Et il est vrai que le roman « Vice caché » de Thomas Pynchon se prêtait à cela, de par ses personnages hippies aussi défoncés à la marijuana que complexes. Mais le film raconte surtout une époque, un rêve qui se meurt, celui qui a vu les idéaux hippies disparaître à l’aube des années 70, tués par une Amérique qui envoie ses fils mourir dans le bourbier vietnamien.

Lové dans son canapé, le détective privé Doc Sportello est réveillé par la silhouette de son ex. Mirage dû à la fumette ? Non, Shasta est bien là, et celle-ci est inquiète, effrayée que son nouvel amant, un promoteur immobilier milliardaire, soit interné de force par sa femme. Et c’est ainsi que Doc se retrouve au cœur d’une sombre affaire qui l’amènera à croiser des bikers nazis, un musicien cocaïnomane qui se fait passer pour mort, un syndicat de dentistes ou encore une brute épaisse de flic. Mais ce n’est là qu’un aperçu du panorama de personnalités délurées qu’on croisera au fil des pérégrinations du protagoniste. D'autant qu'à chaque personnage, naît une nouvelle intrigue.

Dans les ramifications labyrinthiques de ce polar sous acide, les spectateurs perdront probablement rapidement le fil de l’intrigue, et c’est bien ça la magie enivrante de ce métrage, une plongée délirante dans les théories complotistes d’un détective camé. Il n’est pas question d’essayer de suivre l’enquête ni même de se rappeler quel était le point de départ de celle-ci, mais uniquement de se laisser porter par ce vent de folie et de burlesque qui s’abat sur le film. Surtout, chaque plan porte l’empreinte de son réalisateur, cette maestria qui élève ce stoner movie verbeux en un objet de fascination.

Paul Thomas Anderson a toujours aimé narrer le mythe américain, des plateaux de porno aux puits de pétrole. Par les élucubrations de Doc, il raconte avec nostalgie le moment où les hippies ont été confrontés à leurs propres désillusions. Et le « vice caché » du titre pourrait bien s’adresser aux États-Unis, métaphore d’un État s’enlisant irrémédiablement dans ses propres excès. Ses personnages ne se reconnaissent plus dans ce nouveau monde, mais le cinéaste brosse le portrait de ces êtres avec douceur et mélancolie. Il en ressort un film doux-amer, aussi drôle que tordu, incroyablement poétique. Car PTA a ce talent inégalable pour créer des atmosphères particulières où on ne sait pas vraiment si on doit pleurer ou rire.

Mais « Inherent Vice » n’aurait pas été cette savoureuse comédie policière sans l’aura d’un Joaquin Phoenix aux rouflaquettes flamboyantes. Grâce à ses manières, son phrasé, ses pantomimes, son regard, il est le contrepoids du réalisateur pour son expérimentation onirique d’un absurde désenchanté. Invitant les spectateurs au trip des personnages, on ressort de la salle le sourire aux lèvres, encore embrumé par la fumée des joints de cette expérience fantasmagorique. Avec cette touche de surnaturel, PTA offre un grand polar totalement imprimé de son style. À moins que ce ne soit une histoire d’amour. Ou les deux. Ou aucun des deux…

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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