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I AM MICHAEL

Un film de Justin Kelly

Un parcours bien singulier qui rappelle la nécessité du militantisme

1998. Michael Glatze est un jeune activiste gay. En couple, il déménage de San Francisco à Halifax au Canada. Organisant une traversée des USA pour tourner un documentaire sur la vie des jeunes homosexuels du pays, il fait étape dans la ville d’où il est originaire et où il considère qu'il est « impossible d'être gay ». Peu de temps après, il commence à ressentir la maladie du cœur dont a été victime son père...

Certains verront en ce nouveau film avec James Franco, présenté dans la section Panorama du Festival de Berlin 2015, un film homophobe. Il n'en est pourtant rien. Le récit de ce parcours singulier d'un activiste gay, virant progressivement hétéro religieux, a certes de quoi hérisser le poil face à tant d'hypocrisie, de mémoire courte et d'égoïsme inconscient, mais il a surtout le mérite de rappeler toute l'utilité du militantisme, notamment face à une religion qui subsiste grâce à la peur.

Le film commence en 2008 en mettant en avant le travail de sape opéré par certaines églises. On pouvait, en effet, y lire le message « Tu choisiras l'hétérosexualité pour être avec Dieu », pour mieux faire retourner ses brebis galeuses dans le supposé droit chemin, et bien entendu sans se préoccuper un instant du bien-être des êtres qui le vivent. Puis, dès le premier flash-back situé 10 ans plus tôt, le film oppose cette maxime à une autre beaucoup plus bienveillante ‒ « Est-ce que Dieu vous punirait pour avoir trouvé l'amour ? » ‒ et prend ainsi position, poursuivant son récit par les actes militants du jeune homme.

Auteur de documentaire, créateur de revues pour aider les jeunes homosexuels, le personnage de Michael apparaît rapidement comme dominé par ses peurs : celles de la maladie, de la mort... James Franco tente de lui donner une certaine retenue, tout en personnifiant ses contradictions. Si le film ne juge pas directement le comportement de son jeune héros, ni ne renie la véracité de sa croyance en Dieu, il s'attache toutefois à montrer les limites de sa démarche, ne cachant pas son incapacité à avoir une relation sexuelle avec une femme, suggérant ses attirances non totalement contrôlées et soulignant le « mal qu'il fait à tellement de gens » en faisant de sa démarche personnelle un nouveau flambeau.

Inconscient dans son désir égoïste de toujours vouloir convaincre les autres de sa propre vérité, le personnage apparaît progressivement comme lui-même pris au piège, enfermé dans son incapacité à assumer son passé. Porté par un James Franco investi et troublant dans sa perte de repères, bénéficiant d'un gros travail sur le son (notamment lors des crises de panique ou des moments de doute du personnage), "I am Michael" sort des sentiers battus des productions LGBT en ne caressant personne dans le sens du poil. Mais en mettant en douceur les points sur les « i ».

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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