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LE GOÛT DES MERVEILLES

Un film de Éric Besnard

Oui, c’est très joli… la Drôme !

Depuis la mort de son mari, Louise élève tant bien que mal ses deux enfants tout en essayant de faire prospérer l’exploitation agricole familiale au cur de la Drôme. Un jour, en rentrant du village voisin, elle manque de renverser un inconnu avec sa voiture. Celui-ci présente un comportement très étrange, qui pourrait bien permettre à Louise et à sa famille de retrouver le bonheur…

Petit souvenir personnel de l’avant-séance : pour préparer les questions-réponses avec le public, Eric Besnard ("Ca$h") demandait à l’audience de se laisser prendre par le rythme du film, en précisant que ce dernier était avant tout sensoriel. Une initiative qui, d’emblée, nous rassurait vraiment : de par les beaux paysages de la Drôme provençale – que le film semblait désireux de mettre en valeur – et une histoire archétypale illustrant le retour à la vie d’une veuve épuisée par son travail, "Le Goût des merveilles" semblait riche de belles promesses, annonçant un film qui allait décupler tous les sens du spectateur, au lieu de privilégier l'ouïe et la vue. Or, le pari de Besnard n’est concrétisé qu’à un niveau quasi infinitésimal. Certes, on pourra ressentir quelques légers frissons en voyant les mains de Virginie Efira (divinement belle) qui caressent tout un tas de matières (farine, feuilles, bois…), on pourra capter ici et là quelques odeurs provençales par le biais d’une photo magnifique qui met en valeur des champs de lavande, et on pourra se satisfaire de quelques superbes extérieurs joliment cadrés qui nous donnent souvent envie d’aller vivre en Drôme. Sauf qu’en fin de compte, tout ceci est plus un décor qu’un milieu.

Un tiers pub Bridélice, un tiers "Forrest Gump" du pauvre, un tiers reportage terroir façon JT de Pernaut : voilà comment on pourrait décrire le film, cadenassé de tous les côtés entre un scénario terriblement consensuel, des enjeux dramatiques déjà exploités ailleurs depuis des années, et des comédiens enfermés dans un jeu unilatéral qui ne les pousse pas à évoluer. Le personnage du « benêt surdoué » joué par Benjamin Lavernhe résume tout le problème : une fois son drôle de comportement présenté à l’écran, on devine déjà qui il est et à quoi il servira, d’autant plus que le twist tardif censé nous révéler sa véritable identité se voit instantanément grillé. On passera donc tout le film à deviner la scène qui va suivre, tout en passant malgré tout un moment relativement agréable dans cette belle région que le cinéma a rarement pris le soin de magnifier à ce point. Pour un dépaysement pas très loin de chez vous, "Le Goût des merveilles" peut donc faire figure de joli dépliant promotionnel. Pour une histoire originale, par contre, ça reste très pauvre.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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