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GLASS

 

Un reflet des codes des comics

Lors d’un affrontement entre David Dunn, le justicier surhumain de Philadelphie, et les multiples personnalités de la Horde de Kevin dont la Bête, ces deux derniers sont emmenés à l’asile par le Dr Ellie Staple où ils retrouvent Elijah Price. Il se pourrait bien alors que ce qu’ils croyaient être des super-pouvoirs ne soient en réalité que des illusions…

Ndlr : Dans une volonté d’éviter au maximum de gâcher les révélations du film, nous resterons volontairement assez flous dans nos propos.

M. Night Shyamalan revient deux ans après "Split" qui avait marqué le grand retour du cinéaste dans le cœur des spectateurs, 19 ans après "Incassable" dont il s’était révélé être sa suite directe. Avec ce troisième volet, Shyamalan était attendu au tournant et le résultat est plus que satisfaisant. Car "Glass", à l’image de son titre, aborde le sujet des super-héros en miroir des autres opus. Là où "Incassable" et "Split" exploraient les identités masquées par une modeste image de soi ou un traumatisme psychologique, Glass s’attaque plutôt à l’image que l’on renvoie au monde qui nous entoure et comment on la perçoit, ce qui fait du film un vrai accomplissement au sein de cette trilogie.

Tout cela est parfaitement mis en valeur par une mise en scène divinement maîtrisée, comme à chaque fois, par Shyamalan. On notera un travail tout particulier sur les couleurs, les reflets, les surcadrages (un cadre dans le cadre utilisé ici pour marquer les rapports de force) et les regards caméra (notamment de la part de la psychiatre s’adressant directement aux spectateurs via les personnages du film, amplifiant donc notre identification à eux).

Concernant le casting, tous ont repris leur rôle, y compris Spencer Treat Clark, le fils de Dunn, 19 ans plus tard, un comédien malheureusement trop rare sur les écrans. Tous livrent une très bonne performance, James McAvoy est une nouvelle fois bluffant dans la gestion des différentes personnalités, Bruce Willis est magnifique dans son rôle de personnage désabusé par les événements et en plein doute, et Samuel L. Jackson est jouissif en génie manipulateur. Même Sarah Paulson qui campe une psychiatre avec un jeu froid et distant au premier abord, livre en fait une interprétation parfaitement juste au vu de son personnage.

Enfin, la musique de West Dylan Thordson accompagne parfaitement le film de bout en bout, avec quelques notes qui restent bien en tête, en particulier celles du générique d’ouverture. Notons aussi l’ajout d’extraits du premier volet signés James Newton Howard. Au final, "Glass" est un très bon film avec une excellente mise en scène et des thématiques plus qu’intéressantes, bref un très bon film de Shyamalan au top de sa forme.

Ray LamajEnvoyer un message au rédacteur

Une mythologie un peu réchauffée

En soi, le film n’est pas déplaisant, loin de là. Mais il ne propose pas vraiment d’enjeux ni de réelle implication pour le spectateur. La force d’"Incassable" était le doute qui régnait sur le personnage de Bruce Willis qui se révélait être un super-héros dans un monde où rien, si ce n’est la conviction absolue de Samuel L. Jackson, n’aurait pu le laisser entendre. "Glass" fait rentrer le spectateur dans le cœur de l’action. David Dunn est clairement devenu un justicier qui embrasse ses pouvoirs et qui casse du vilain à tour de bras.

La force de "Split" était, outre la performance de James McAvoy, un personnage féminin attachant et proche du spectateur joué par Anya Taylor-Joy, et la surprise finale de voir David Dunn apparaître. "Glass" commence directement sur la Horde face à quatre jeunes filles, dans la continuité parfaite du précédent. L’une des forces de "Glass", mais aussi une de ses faiblesses sont les scènes de combat, peu présentes dans les volets précédents. Mais le refus du sensationnel, de l’héroïque, rend ces scènes parfois peu lisibles. Le postulat de Shyamalan est louable, faire une mise en scène de combat en cohérence avec ce qu’il raconte. Des scènes donc sans spectaculaire ni héroïsme, loin du sensationnel et de la grande pompe de combats Marvel ou DC. Il s’agit de rester proche du spectateur. Et pour ce faire, il n’y a pas d’explosions, de bâtiments qui s’effondrent ou de catastrophe à grande échelle. La caméra ne présente pas les personnages dans leur environnement, dont la destruction est la manifestation de la puissance des attaques. Non, Shyamalan choisit de placer sa caméra au cœur du couple de combattants, toujours proches l’un de l’autre.

L’intrigue du film repose sur le point suivant : sont-ils vraiment des super-héros ? La psychiatre est convaincue que ce ne sont que des patients qui souffrent d’un trouble narcissique, et elle vient avec des preuves. Mais cela ne suffit pas à faire fléchir la confiance du spectateur. Si cette confiance s’estompait, cela signifiait que les deux précédents films avaient échoué à faire de ces humains des êtres extraordinaires. Shyamalan fait donc ici un pari dangereux en tentant d’éveiller ce sentiment de doute chez le spectateur. Mais il échoue, peut-être heureusement pour lui.

Shyamalan se tire également deux autres balles dans le pied. La première dans ses nombreux emprunts et citations à "Incassable", dans lesquels on voit un Bruce Willis plus jeune, plus présent et surtout en très grand décalage avec le David Dunn de "Glass". Il n’a plus ses doutes qui le rendait si humain. Il n’a plus non plus envie de se cacher. La seconde balle est la performance de James McAvoy. La surprise créée par "Split", révélant l’ampleur du talent du comédien au travers de ses changements de personnalités face caméra, tombe ici à plat. Rien de nouveau ici dans son jeu, tout est repris, copié, sans grande idée de mise en scène autour. Ça sent le déjà vu et le réchauffé alors que McAvoy donne tout ce qu’il a. Ces changements deviennent même un peu répétitifs, surtout lors de l’arrivée de la Bête, qui avait été le point culminant de "Split".

"Glass" souffre donc de la comparaison avec les deux précédents volets de cette trilogie, auxquels il fait trop référence pour son propre bien. Le film est assez peu inspiré et peu inspirant, avec ses références aux comics un peu lourdes. Et je ne parle volontairement pas de la fin, shyamalanienne.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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