LE GAMIN AU VéLO

Un père et manque

Placé dans un foyer, Cyril refuse d’admettre que son père l’a abandonné sans laisser d’adresse. Pour s’en assurer, il échappe à la vigilance de ses éducateurs et retourne dans son appartement. Sur place, le voilà forcé de constater que son père a disparu. Or l’enfant ne se résigne pas et continue à croire que celui-ci n’aurait pu partir sans lui laisser son vélo.

Sans prologue aucun, la première scène va à l’essentiel. Un jeune garçon, au téléphone, refuse d’entendre que le numéro qu’il a demandé n’est plus attribué. Captivant dès son commencement, le dernier film des frères Dardenne se développe fluide et précis. Trame centrale du film, la quête de l’enfant progresse telle une mécanique parfaitement huilée. Il explore un à un tous les lieux qui le rattachent à cet unique parent qui lui reste, espérant contre l’avis de tous, voir son père apparaître dans l’embrasure d’une porte comme si cela n’était qu’une sombre machination. L’argument auquel il se rattache désespérément est que ce dernier n’aurait jamais pu partir sans lui laisser son vélo.

Fil rouge du film, le vélo est le catalyseur qui permet à Cyril d’avancer, au sens figuré plus qu’au sens propre. Grâce à cela, Samantha retrouve le garçon et décide de devenir sa tutrice. Puis l’objet, une fois retrouvé, apporte à l’enfant la preuve indiscutable qu’il est désormais seul. Ce Vélo, c’est le dernier vestige d’une vie familiale. Alors quand un autre garçon tente de le lui voler, Cyril se jette sur lui, prêt à se battre comme un lion pour garder son précieux souvenir.

L’interprétation du rôle de Cyril par le jeune Thomas Doret est tout bonnement exceptionnelle. Il vit toute la détermination de son personnage, avec une rage et une obstination époustouflantes. Tel un “Antoine Doisnel” moderne, il n’a plus rien à perdre et se joue des conséquences. Renfrogné, il s’obstine à jouer avec un robinet, d’un geste nerveux de désespoir pour ne pas perdre la face devant une telle injustice. Pourtant, dans son malheur, Samantha veille sur lui. Le rôle tenu par Cécile de France peut tout d’abord dérouter. Que peut-elle bien espérer à être aussi généreuse ? Son investissement autant personnel que pécuniaire semble démesuré, or voilà un personnage totalement épanoui. Inutile donc de voir le mal partout, et force est de constater que l’on peut être heureux, même dans un film des frères Dardenne.

Déjà consacrés deux fois vainqueurs à Cannes pour “Rosetta” et “L’Enfant”, les auteurs belges sont une nouvelle fois bien placés pour ne pas partir bredouille de cette 64e édition du festival. Alors un conseil : n’hésitez pas à découvrir très vite ce film en salle afin de vivre pleinement le suspense de la cérémonie d’ouverture.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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