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FIGHTING

Un film de Dito Montiel

Le bagarreur

Un jeune SDF au tempérament agressif rencontre un manager de combats illégaux. L'occasion pour les deux de changer de vie...

Il y a tout juste un an, le sympathique "Never Back Down" avait tenté de rassembler les fans de teen-movies et les amateurs de films de baston pure et dure. Mise en scène inutilement clippesque et scénario débile (des lycéens se tapent dessus pour espérer devenir des hommes), mais des acteurs épatants (dont la belle Amber Heard) et des scènes de combat violentes et rythmées, pas totalement concluant, le film de Jeff Wadlow promettait beaucoup et fut donc une relative déception. S’il s’annonçait dans la lignée de ce demi-échec, "Fighting" est d’un tout autre calibre : film de bagarre, certes, mais vrai œuvre d’auteur avant tout.

Musicien, romancier et réalisateur d’un premier film remarqué, Dito Montiel s’éloigne de l’attitude branchouille qu’on pouvait craindre (et que la bande-annonce laissait entendre) pour arpenter les sentiers d’un "Rocky" (dans la personnalité du héros) ou d’un "Bagarreur" (dans la relation entre le héros et son manager), utilisant ses personnages et ses scènes de baston pour nous conter le New York des laissés pour compte et des petites gens. Vivante comme rarement au cinéma, la Grosse Pomme se fait le ring d’affrontements qui tiennent autant du pugilat physique que de la lutte des classes, dans un réalisme capté au plus près par une caméra presque tout le temps à hauteur d’homme : nerveuses, prises sur le vif, les bagarres évitent tout spectaculaire incongru, contrastant avec la subtilité des dialogues.

Beau gosse athlétique, Channing Tatum impressionne dans la peau de ce quasi-SDF sur la brèche, hésitant et instinctif, rappelant le Stallone des débuts, et dont la relation touchante qu’il entreprend avec une belle latino dessine le portrait d’un homme en recherche de stabilité. Plus en retrait, dans un rôle difficile, Terrence Howard confirme tout le bien que l’on pensait de lui, dressant le portrait d’un homme brisé par ses rêves, ancien boxeur miné par les dettes et l’humiliation. C’est dans leur relation, entre le père et le fils, le frère et le frère, que se dessine le projet de Dito Montiel : utiliser le cinéma de genre comme un moyen, et non une fin, pour parler de l’homme et de ce qui le façonne. Un idéal de cinéma, en somme.

Frederic WullschlegerEnvoyer un message au rédacteur

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