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FAIS DE BEAUX RÊVES

Un film de Marco Bellocchio

Un drame sans âme

Lorsqu’il était enfant, Massimo entretenait une relation fusionnelle avec sa mère. Entre chants et parties de colin-maillard, il la protégeait de ses démons. Une nuit, elle vient dans sa chambre, lui dit « Fais de beaux rêves » et disparaît. Le lendemain, son père lui cachera sa mort en lui faisant croire que sa mère est devenue un ange…

Inspiré du roman autobiographique de Massimo Gramellini publié en 2012, « Fais de beaux rêves » dissèque les affres d’un homme surmontant la détresse d’avoir perdu sa mère, enfant. Cinéaste cérébral, Marco Bellochio approche ici un personnage au cur de sa dépression, quand les souvenirs s’effilochent, que les témoins du drame disparaissent et que l’appartement de son enfance est à présent un poids dont il doit se séparer.

Après un prologue sensible et bien construit qui décrit la complicité heureuse de l’enfant avec sa mère, le film se laisse petit à petit emporter dans la noirceur de son sujet. Froide et austère, la mise en scène de Bellocchio se noie alors dans un classicisme éventé. De la mère de remplacement incarnée par Emmanuelle Devos à la résurrection déclenchée par la médecin qui le sauve de sa dépression, les événements qui jonchent la vie de Massimo distillent son stress post-traumatique, comme si on les avait cochés scolairement sur une liste.

Le film se résume alors à une succession interminable de moments dont le seul et unique liant est le visage défait de Valerio Mastandrea qui tente par tous les moyens physiques de donner une âme à son rôle. L’histoire a beau être une réelle tragédie humaine enfouie sous une accumulation de non-dits, l’émotion reste plombée par une mise en scène sans relief qui se contente uniquement de montrer un homme dépressif sans chercher à développer la moindre variation de son état.

Un sujet sensible qui aurait sans doute mérité un travail d’écriture plus abouti, ne serait-ce qu’en donnant plus de corps aux personnages secondaires. Ici, ils font clairement partie du décor. La médecin joué par Bérénice Béjo semble sorti de nulle part, le sourire vissé aux lèvres, débordante d’empathie dès les premières secondes. Au final, le film se morfond dans un style sombre et poussiéreux, au point que l’on pourrait penser dès sa sortie qu’il a mal vieilli. C’est fâcheux !

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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