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EDEN

Un film de

CONTRE : Niveau -1 - Rêve parti

En 1992, Paul fait régulièrement le mur pour participer à des soirées électros. Véritable passionné, il délaisse petit à petit ses études pour devenir DJ et créer avec son meilleur ami le duo « Cheers »...

Le cinéma de Mia Hansen-Love, ce n’est vraiment pas rien : un cinéma délicat et sensible, toujours d’une grande efficacité pour décortiquer les désillusions d’autrui face au deuil ("Le père de mes enfants") ou au passage à l’âge adulte ("Un amour de jeunesse"). Dans chaque cas, un schéma évolutif devenait l’épicentre de sa narration, et la voir s’attaquer à l’évolution de la « French Touch » était en soi un événement riche de promesses. Lesquelles se sont hélas révélées proportionnelles à la terrible déception qui s’installe scène après scène lors de la projection d’"Eden". Le problème pourrait se résumer tout simplement au constat suivant : la réalisatrice semble passée totalement à côté de son sujet. « Eden » serait paraît-il un film sur la « French Touch » ? Un film sur l’impact sociétal provoqué par cette vague électronique ? Un film sur la façon dont ses principaux instigateurs ont su se réapproprier d’autres styles (surtout en provenance d’Amérique) pour se forger une identité musicale à part entière ? Force est de constater que tout cela ne constitue à peine qu’un quart d’heure de film sur 2h15 de projection.

Au risque d’avoir l’air trop direct ou péjoratif, on se risquera sans difficulté à qualifier "Eden" de « film bobo », non pas dans le sens où le film de Mia Hansen-Love nécessiterait une approche intello-branchouille dans l’exploration subjective de son sujet, mais au contraire dans le sens où le sujet que le film prétendait aborder se révèle finalement réduit à une simple toile de fond, destinée à enfiler comme des perles les poncifs les plus éculés du cinéma parisianiste. Au-delà de ce contexte de « French Touch » sur lequel un film entier reste donc à faire, l’intrigue d’"Eden" se limite comme d’habitude à explorer la grisaille d’un jeune DJ, confronté à ses éternels problèmes de cœur, de fric, de famille et de cocaïne, avec tout ce que cela suppose de passages obligés (les clichés du principe « réussite sociale + chute sociale = film soi-disant profond » défilent à la queue leu leu), de scènes accessoires qui font pièce ajoutée sans crier gare (l’utilité de la scène de débat sur "Showgirls" de Paul Verhoeven restera un mystère…) et d’acteurs fadasses qui ont sans doute suivi les mêmes cours de comédie que Mallaury Nataf. Un téléfilm maussade sur des Parisiens qui râlent et/ou s’engueulent dans des appartements grisâtres aurait tout aussi bien fait l’affaire.

Le fait de savoir que Mia Hansen-Love est la compagne d’Olivier Assayas nous pousse même à oser un comparatif avec le récent (et tout aussi bancal) "Sils Maria", surtout en ce qui concerne ce choix d’une narration « charcutée », installant le fondu au noir ou la coupure brutale au beau milieu d’une séquence, sans que ce genre de cut ne puisse incarner une utilité narrative ou une ouverture laissée au spectateur. Ne reste alors que la musique, toujours là en fond, parfois très rythmée (avec les Daft Punk à trois reprises, il y avait de quoi), mais là encore handicapée par une mise en scène qui, bien qu’immergée au cœur des soirées électro, se limite à de la sage illustration en oubliant de créer une vibration interne au travers du découpage. L’éden est aux abonnés absents, il ne reste plus qu’un rêve… parti.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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