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EDEN

Un film de Mia Hansen-Løve
 

POUR : Tranches de vie

En 1992, Paul fait régulièrement le mur pour participer à des soirées électros. Véritable passionné, il délaisse petit à petit ses études pour devenir DJ et créer avec son meilleur ami le duo « Cheers »…

Mix de house et de disco, le style « Garage » enflamma les eighties en soulignant par les plus belles voix de la soul des tempos électros so groovy ! Un style qui se place « Quelque part entre l’euphorie et la mélancolie » comme le décrit si bien Paul, au micro de Radio FG. Ces deux sentiments, Paul les éprouve l’un à la suite de l’autre. Passionné de musique il découvre, début des années 90, l’effervescence de l’avènement de la « French Touch », pour glisser ensuite dans un spleen latent, lorsque la passion laisse place à la frustration de ne plus avancer.

Cette vie entre deux platines, Mia Hansen-Løve l’a bien connue au travers de son grand frère Sven, DJ phare de la scène électro, co-fondateur des soirées « Cheers » et habitué des célèbres soirées « Respect » du « Queen ». À son image, la réalisatrice crée le personnage de Paul. Entre souvenirs et fictions elle retrace avec son style naturel et sincère toutes les étapes de son parcours musical et de sa vie amoureuse. Attentive et discrète, elle focalise son récit sur le quotidien de son héros qu’elle ne quitte jamais des yeux. Un point de vue intimiste qui laisse peu de place aux artifices et envolées lyriques que peuvent produire les nombreuses scènes tournées en boîtes de nuits. Paul est un homme passionné mais peu démonstratif, la camera qui le suit le sera également.

Le film n’en est pas pour autant monotone. Parfaitement investie dans son sujet, la réalisatrice offre une vision des plus réalistes de la scène électro française, de ses balbutiements à son apogée fin des années 90. Côté stars, on y découvre les Daft Punk, réservés et sereins malgré le fait d’être continuellement refoulés à l’entrée des soirées. Côté coulisse, on découvre toute la difficulté de créer un label entre coke et caprices de featurings mirobolants.

Enfin, "Eden" révèle tout le microcosme intellectuel et amical qui entoure le personnage de Paul. Une bulle où se côtoient des artistes en quête de consécration, de simples passionnés et des producteurs. Une jeunesse pleine d’illusions qui petit à petit se laisse rattraper par la réalité du quotidien. Bien qu’elle ait donné le premier rôle à un jeune comédien méconnu, Félix de Givry, Mia Hansen-Løve a choisi pour interpréter les personnages satellites, la fine fleur du cinéma « d’auteur » contemporain : Pauline Étienne (joliment touchante et fragile), Vincent Macaigne, Greta Gerwig et Golshifteh Farahani. Un casting sur mesure pour incarner une jeunesse bohème à l’avant garde de grands projets artistiques. Certes, "Eden" séduira principalement les amateurs de musique électro, mais loin d’être un film élitiste, il témoigne avant tout d’un parcours, d’une atmosphère, et pose un joli regard, juste et fraternel, sur une époque à présent en partie révolue.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

Le cinéma de Mia Hansen-Love, ce n’est vraiment pas rien : un cinéma délicat et sensible, toujours d’une grande efficacité pour décortiquer les désillusions d’autrui face au deuil ("Le père de mes enfants") ou au passage à l’âge adulte ("Un amour de jeunesse"). Dans chaque cas, un schéma évolutif devenait l’épicentre de sa narration, et la voir s’attaquer à l’évolution de la « French Touch » était en soi un événement riche de promesses. Lesquelles se sont hélas révélées proportionnelles à la terrible déception qui s’installe scène après scène lors de la projection d’"Eden". Le problème pourrait se résumer tout simplement au constat suivant : la réalisatrice semble passée totalement à côté de son sujet. « Eden » serait paraît-il un film sur la « French Touch » ? Un film sur l’impact sociétal provoqué par cette vague électronique ? Un film sur la façon dont ses principaux instigateurs ont su se réapproprier d’autres styles (surtout en provenance d’Amérique) pour se forger une identité musicale à part entière ? Force est de constater que tout cela ne constitue à peine qu’un quart d’heure de film sur 2h15 de projection.

Au risque d’avoir l’air trop direct ou péjoratif, on se risquera sans difficulté à qualifier "Eden" de « film bobo », non pas dans le sens où le film de Mia Hansen-Love nécessiterait une approche intello-branchouille dans l’exploration subjective de son sujet, mais au contraire dans le sens où le sujet que le film prétendait aborder se révèle finalement réduit à une simple toile de fond, destinée à enfiler comme des perles les poncifs les plus éculés du cinéma parisianiste. Au-delà de ce contexte de « French Touch » sur lequel un film entier reste donc à faire, l’intrigue d’"Eden" se limite comme d’habitude à explorer la grisaille d’un jeune DJ, confronté à ses éternels problèmes de cœur, de fric, de famille et de cocaïne, avec tout ce que cela suppose de passages obligés (les clichés du principe « réussite sociale + chute sociale = film soi-disant profond » défilent à la queue leu leu), de scènes accessoires qui font pièce ajoutée sans crier gare (l’utilité de la scène de débat sur "Showgirls" de Paul Verhoeven restera un mystère…) et d’acteurs fadasses qui ont sans doute suivi les mêmes cours de comédie que Mallaury Nataf. Un téléfilm maussade sur des Parisiens qui râlent et/ou s’engueulent dans des appartements grisâtres aurait tout aussi bien fait l’affaire.

Le fait de savoir que Mia Hansen-Love est la compagne d’Olivier Assayas nous pousse même à oser un comparatif avec le récent (et tout aussi bancal) "Sils Maria", surtout en ce qui concerne ce choix d’une narration « charcutée », installant le fondu au noir ou la coupure brutale au beau milieu d’une séquence, sans que ce genre de cut ne puisse incarner une utilité narrative ou une ouverture laissée au spectateur. Ne reste alors que la musique, toujours là en fond, parfois très rythmée (avec les Daft Punk à trois reprises, il y avait de quoi), mais là encore handicapée par une mise en scène qui, bien qu’immergée au cœur des soirées électro, se limite à de la sage illustration en oubliant de créer une vibration interne au travers du découpage. L’éden est aux abonnés absents, il ne reste plus qu’un rêve… parti.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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