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DRIVE

Un film de
Avec

Valhalla driving

Avec un tel pitch, impossible d’imaginer un film pouvant être sélectionné au prestigieux festival de Cannes. Alors que vous vous imaginez déjà être en présence d’un ersatz de « Fast & Furious » ou autre Jasonstathamerie pour écurie Bessonienne, détrompez vous et surtout, attachez vos ceintures !

Le danois Nicolas Winding Refn (la trilogie « Pusher ») possède un cinéma aussi bien visuel que sensoriel. Ses deux films précédents en sont la preuve, mais là où « Bronson » et « Valhalla Rising – Le Guerrier silencieux » pêchaient par un manque d’accessibilité (ce qui n’est pas un défaut en soi), « Drive » réussit à allier une mise en scène exceptionnelle (récompensée à juste titre lors du Festival de Cannes 2011) et une ouverture au public non cinéphage (ce qui n’est pas un défaut non plus).

Comme beaucoup de cinéastes, Refn possède un style identitaire qui lui est propre, mais comme très peu (à l’image de David Fincher), il sait l’adapter au genre qu’il traite. « Drive » est avant tout un pur film de genre : un polar sensoriel, une course poursuite sans issue, un film couillu mêlant scènes d’une violence explosive et grâce non dissimulée, le tout avec un arrière goût d’essence qui reste en bouche.

Tel un opéra, « Drive » est une tragédie sur la vie, en plusieurs actes. Le premier, la scène d’introduction, restera dans toutes les mémoires comme l’une des meilleures scènes de poursuite de l’Histoire du cinéma. Filmée entièrement depuis l’intérieur de la voiture, la tension est palpable à chaque instant. Diamétralement opposée à, disons, « Boulevard de la mort » de Tarantino (autre grand film motorisé), la scène annonce toute la froideur et la tristesse du héros.

Car « Drive » est avant tout un film de personnages. Des humains confrontés à leurs choix, en plein dilemme, non pas moral, mais existentiel, sur la démarche à suivre pour (sur)vivre. Le héros (qui ne possède pas de nom) est un homme seul. Il ne vit que lorsqu’il est au volant de sa voiture (une superbe Mustang) qui fait littéralement partie de lui, qui est une extension de son corps tellement les deux sont liés, comme s'il n’était que la représentation physique de l’âme d’un véhicule. Vivant au volant et rugissant lorsque la situation l’exige. Sa rencontre avec une jeune et jolie voisine (Carey Mulligan), élevant seul son enfant alors que le père est en prison, est l’élément perturbateur de sa tragédie. Le rapprochant de la vie mais l’éloignant du volant, le jour où le père (Oscar Isaacs) refait surface et menace indirectement la survie de la famille et le microcosme, le héros n’a plus d’autre choix que de changer le cours des événements… et c’est la sortie de route.

« Drive » est une ode au cinéma des 70’s (et 80’s) et Refn n’en oublie pas de saluer ses pairs. Que ce soit Michael Mann et ses personnages esseulés tel James Cann dans « Le Solitaire » ou bien encore William Friedkin et son nihilisme urbain de « Police Fédérale Los Angeles », dont le titre original plus évocateur de « To Live And Die In L.A. » se rapproche plus de « Drive », Refn emprunte une route déjà tracée. Il n’en oublie pas cependant d’y laisse sa marque. Une marque faite de grâce et de violence, à l’image d’une scène (d’ascenseur) où pour protéger celle qu’il aime, le pilote n’hésite pas à devenir un monstre d’ultra-violence et à achever un adversaire en le massacrant.

Porté par une bande originale installant une ambiance immédiate (il faut garder en tête que c’est ce qu’écoute le héros, mais aussi quelque part le reflet de son âme), interprété par un véritable casting de « têtes » dont Bryan « Breaking Bad » Cranston et surtout le toujours parfait Oscar Isaacs, et dominé par un immense Ryan Gosling (qui a retiré la plupart de ses lignes de dialogues pour accentuer le côté monolithique) tout en « explosivité », « Drive » ne pourra pas vous laisser indifférent.

Francois ReyEnvoyer un message au rédacteur

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