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DOG EAT DOG

Un film de Paul Schrader

Un nanar dans toute sa splendeur

Trois anciens taulards se voient offrir un job facile pour une grosse somme d’argent : Kidnapper un enfant pendant quelques heures, ni plus ni moins. Sauf que le rapt tourne mal, qu’ils tuent quelqu’un, et que la suite va prendre une tournure totalement inattendue…

Sortie directe en DVD et BluRay le 21 avril 2017

C’est l’histoire d’un scénariste de génie (auteur de "Taxi Driver", “Raging Bull”) qui n’a jamais véritablement convaincu en tant que réalisateur et qui touche désormais le fond. Car disons-le tout de suite, “Dog eat dog” n’avait pas sa place ni au Festival de Cannes (où il était présenté à la Quinzaine des Réalisateurs), ni même dans la filmographie de Nicolas Cage (qui pourtant s’acharne depuis des années à enchaîner les bons gros nanars). Le postulat de départ est simple : trois potes, anciens truands, se retrouvent pour un dernier coup très bien payé. Pour toucher le pactole, rien de bien compliqué, il leur suffit de kidnapper un enfant. Sauf que les choses vont déraper, les coups de feu retentir, et la suite devenir totalement invraisemblable.

Au-delà d’un scénario profondément ridicule, le métrage souffre d’une mise en scène catastrophique. En voulant multiplier les références, du cinéma pulp au thriller sous acides, Paul Schrader commet tous les impaires possibles, vous procurant le même sentiment que face à cet oncle qui veut parler comme un jeune et absolument prendre la parole dans ces réunions familiales interminables. Surexposition, filtres, ralentis, accélérés, plans à l’intérieur du corps, toute la grammaire visuelle des séries B est exposée ici, sans aucune cohérence et sans aucun souci de continuité. Multipliant les scènes d’actions, dont la moitié ne sont absolument pas justifiées par l’intrigue, le polar n’est qu’un enchaînement grotesque de situations qui le sont tout autant.

Sauf que, comme si cela n’était pas déjà suffisant, le cinéaste va chercher à injecter dans son film un discours politique. Si par le passé, il avait su décrier les travers de l’Amérique, le message passe beaucoup moins bien aujourd’hui, parce qu’il est amené de manière aussi caricaturale que les péripéties des protagonistes. Résultat, ses velléités contestataires quant au néo-conservatisme des États-Unis ne trouvent absolument aucun écho. Difficile ainsi de trouver quelque chose de positif sur ce récit brouillon et extrêmement bavard, dont les déjections sanguinolentes ne sauront pas recouvrir l’absence de scénario. Avec des acteurs cabotinant comme jamais, on arrive toutefois à un bon gros ratage dont la perfection dans l’échec frôle le génie. Félicitations ?

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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